3. Nous conformer au Coeur de Jésus

 

« Ce qu’il nous convient de faire, pour donner de l’efficace à nos prières, et pour ne point mettre d’obstacle aux desseins de miséricorde que le Seigneur aurait sur nous, c’est maintenant de faire de nouveaux efforts pour lui plaire, c’est d’ouvrir entièrement nos cœurs à des sentiments conformes à ceux de notre divin Sauveur, selon ces paroles de l’apôtre, que nous avons mises au commencement de cette lettre : « conformer en tout vos sentiments à ceux de Jésus-Christ » (Ph 2, 5).

Il nous enseigne par là que nous ne devons  point  avoir d’autres sentiments que ceux de Jésus-Christ, que les désirs et les affections de son divin cœur doivent être les nôtres, que nos cœurs doivent être formés sur le modèle du sien, qu’ils doivent en être la vivante image. »

Pierre de Clorivière. 1e Lettre circulaire, 14 février 1799, éd.Durassié, Paris 1935, p. 17

 

 

Alors que les deux Sociétés fondées par Pierre de Clorivière rencontrent un certain succès et que le nombre de membres s’accroît, le fondateur cherche à faire reconnaître ses œuvres par ce qu’il appelle « nos premiers pasteurs », c’est-à-dire le pape et les évêques. Il pressent la nécessité d’unifier ses deux fondations et surtout d’entretenir en elles un feu sacré. Il voit dans les cœurs de Jésus et de Marie le principe d’union, tant pour les deux Sociétés que pour leurs membres. L’unité sera fondée en profondeur puisqu’il s’agit de se laisser former sur le modèle du cœur de Jésus en vue d’en être « une image vivante ».

Conformés à l’image du Christ.

Clorivière s’appuie sur saint Paul (Ph 2,5) pour justifier la nécessité d’être conformé à l’image du Christ en profondeur. Il ne s’agit pas d’imiter Jésus en posant des actes purement extérieurs ou en ayant des pensées élevées, mais de se laisser toucher et habiter par les sentiments du cœur de Dieu. Ce cœur divin est la source de vie vers laquelle il faut nous tourner.

La recherche de conformité aux sentiments du Christ concerne l’ensemble des chrétiens, mais elle doit être poursuivie en tout premier lieu par les membres des Sociétés qui doivent tendre « vers la perfection ». Il y a là, pour chaque membre, une obligation, non pas extérieure, mais que l’on s’impose à soi-même : c’est une question de cohérence par rapport au choix fait d’entrer dans la Société, commente-t-il. Les deux Sociétés ont pour mission de rappeler à tous les chrétiens l’importance des sentiments du Christ : celle du cœur de Marie est l’image la plus accomplie du cœur de Jésus. Le cœur de la mère possède par don ce que celui du Fils possède en lui-même, affirme-t-il (p. 18).

Les membres des deux Sociétés doivent se stimuler afin de vivre ce que saint Paul nous enseigne ; leur prière en sera d’autant plus efficace, et les obstacles qui empêchent de vivre les sentiments du Christ en seront levés (p. 18).

La charité, premier sentiment du cœur de Jésus.

Par sa nature, le cœur est le symbole de l’amour ; celui de Jésus est celui de l’amour divin, tant pour son Père que pour les hommes. Cet amour divin est communiqué à tous dans la mesure où l’on s’approche de lui.

L’amour de Jésus pour Dieu est celui d’un fils à l’égard de son père, et l’amour du Père pour son Fils modèle celui qu’il manifeste aux hommes : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous aime » (Jn 15, 9). Voilà la limite de l’amour de » l’homme–Dieu ». Voilà le modèle que nous devons avoir sous les yeux en n’étant préoccupés que de lui plaire en pensées, en paroles et en actes. Toutes nos énergies, tous nos sens, tout notre corps doivent lui être consacrés.

Nous pourrons vérifier la qualité de notre amour pour Dieu à la charité fraternelle que nous manifesterons aux autres en soulageant leurs peines, en nous laissant émouvoir à la vue des maux dont l’Eglise est affligée et en y portant remède, comme nous y invite saint Paul (Ph 2, 1–2). La règle à observer pour vivre une telle charité est l’humilité : « céder en tout aux autres, les regarder comme s’ils étaient au-dessus de nous, avoir plus d’égards à ce qui les intéresse plutôt que ce qui nous intéresse nous-mêmes. », commente avec force Clorivière en un langage surprenant pour nous (p. 21).

L’anéantissement, deuxième sentiment du cœur de Jésus.

« Étant Dieu, Jésus possédait en lui-même toutes les perfections divines. » (p. 21). Il était l’égal de son Père, mais il n’a pas usé de ses prérogatives ; au contraire, il s’est abaissé, se faisant esclave, prenant sur lui toutes nos misères, sauf le péché. Il a partagé totalement notre condition humaine en cachant sa grandeur divine. Il a vécu toutes les étapes de l’enfance, a dépendu de ses parents, a partagé les douleurs des hommes. Il ne s’est donné comme titre que celui de « Fils de l’Homme » attendant que son Père le fasse connaître comme son Fils.

Nous ne devons pas cesser « d’étudier le Christ dans son cœur adorable » (p. 22). Ce cœur divin, devenu humain, transfigure le nôtre qui est ainsi divinisé. Notre tâche est de l’imiter en évitant de nous vanter de nos talents, des vertus que nous croyons avoir, en ne relevant pas les manquements de notre prochain, en ne nous appropriant pas les dons de Dieu. Nous éviterons aussi de nous plaindre des aridités, des privations, des dégoûts, des contrariétés que Dieu permet pour nous éprouver.

Comme Jésus, nous devons regarder la dernière place comme étant celle qui nous convient, nous pencher sur nos défauts, nos infidélités, nos fautes quotidiennes qui abusent de tant de grâces reçues. Ne trouvons-nous pas ici les commentaires d’un mystique qui consonnent avec certaines expressions radicales de l’Évangile ?

Les humiliations et les souffrances, troisième sentiment du cœur de Jésus.

Il est temps que nous travaillons avec ardeur à réformer tous nos défauts et à chercher la sainteté afin de faire disparaître « le peu de conformité que nous avons avec notre divin modèle » (o.c. p. 23).

Pour cela, fixons de plus en plus nos regards sur le cœur de Jésus qui aimait les humiliations et les souffrances. Notre sauveur ne s’est pas contenté de s’anéantir devant son Père, de cacher à nos yeux sa grandeur en se faisant l’un de nous. Il ne pouvait manifester son être divin, sa reconnaissance à son Père, son désir de le servir et de le glorifier, qu’en s’humiliant et en souffrant constamment et totalement. Cette caractéristique de son cœur apparaît le plus clairement dans sa mort sur la croix : « Il s’est humilié et s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix » (Ph 2, 8). Il a donc agi ainsi par obéissance à son Père afin de nous donner le plus parfait exemple d’obéissance : « Je fais ainsi parce que mon Père me l’a ordonné » (Jn 14, 31). Et il est même allé jusqu’à obéir également aux hommes. Sa vie entière est un acte d’obéissance, de sa naissance à sa mort, comme le souligne l’Évangile.

Les sentiments de notre cœur.

Voilà donc les traits du cœur de Jésus, qui ont caractérisé pareillement le cœur de Marie, et qui doivent caractériser le nôtre.

« L’étendard » des deux sociétés que nous avons à arborer est celui de « notre chef ». Nous devons « planter sa croix dans notre cœur, l’estimer, l’aimer, l’embrasser étroitement et la choisir, par préférence, comme il l’a choisie lui-même » (o.c. p. 25).

Le cœur de Jésus est celui de la sagesse incarnée. Nous ne pouvons pas chercher autre chose que lui. Certes, le monde aveuglé ne fait que le condamner. La sagesse du monde fuit la lutte contre les penchants mauvais, cherche ce qui flatte les sens et n’envisage son bonheur que dans la jouissance des plaisirs, l’estime des hommes, la recherche des richesses périssables. Les sentiments du monde vont à l’encontre de ceux du cœur de Jésus.

En vivant sous l’étendard du cœur de Jésus et de celui de Marie, nous nous proposons « de faire refleurir parmi nous, les beaux jours de l’Eglise naissante » (o.c. p. 27).

Michel Van Herck, PCJ

 

Pistes pour un partage

–         P. de Clorivière s’exprime avec radicalité quand il commente les sentiments du cœur de Jésus et nous en propose l’imitation.

Peut-être sa radicalité nous surprend-elle, voire nous choque-t-elle ? N’y aurait-il là que des excès de langage ? En quoi P. de Clorivière rejoint il les propos de Jésus dans l’Évangile, par exemple en Mt 10, 38–39 ; 16, 24–25 ? Comment les comprenons-nous ? À quoi nous stimulent-ils ?

–         Relisons ensemble les appels à un radicalisme évangélique dans notre Livre de vie : n° 72–75 ; 27–28 ; 19 ; 37. 39

 

juin 26, 2019

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