4. Être des témoins

Être témoin

« Nous sommes dans un temps où il faut vendre tout ce que nous avons pour acheter ce glaive spirituel (Lc 22, 36) qui achèvera de rompre tous les liens qui pourraient nous empêcher de prendre un libre essor vers le ciel. Nous sommes dans un temps de guerre, nous devons nous attendre à de rudes assauts de la part de l’irréligion et de l’impiété ; armons-nous des armes spirituelles dont parle l’apôtre, le bouclier de la foi et le casque du salut (Ep 6, 13–17). Que notre vie soit plus que jamais une vie de prière, de retraite et de pénitence. Éloignons-nous du monde, mourrons au monde qui se déclare plus ouvertement que jamais l’ennemi de Jésus-Christ et de la religion sainte, qu’il a établi sur la terre. – Je vous félicite, Mademoiselle, de ce que vous pouvez comme la colombe vous renfermer dans l’arche et, là au milieu d’âmes saintes, n’avoir sous les yeux que des exemples de ferveur et de piété. Il n’en est pas tout à fait ainsi de nous ; nous devons, même pour la cause de Jésus-Christ, être témoins des désordres du monde. Puissions-nous servir à préserver quelques armes de ces désordres, ou du moins ne jamais y participer nous-mêmes »

                              Lettre à Adélaïde de Cicé, fin avril 1789

De la période révolutionnaire nous avons peu d’écrits où Clorivière donne aux membres de ses deux fondations des indications sur la manière de vivre. Nous ne possédons plus que des lettres adressées à Adélaïde de Cicé.

Certes, nous ne vivons pas des temps aussi troublés que ceux que Clorivière a connus, mais nous pouvons retenir de sa pensée quelques consignes pour aujourd’hui.

Observons d’abord son attitude vis-à-vis de la situation politique : celle-ci est toujours envisagée du point de vue de la foi. Nous remarquons qu’il est au courant des événements politiques et nous savons, par ailleurs, qu’il parcourt les journaux et qu’il échange sa vision de la situation avec ses connaissances.

Sa perspective est plutôt pessimiste, à la différence de celle de certains confrères comme François Cormaux qui jouera brièvement un rôle politique dans la région de Saint-Brieuc. Clorivière redoute la tournure néfaste des choix politiques qui seront bientôt faits. Durant toute la période révolutionnaire il restera réservé.

Sa préoccupation n’est guère politique. Cependant, à la différence de beaucoup de contemporains qui ont une vision gallicane de l’Eglise, il soutiendra vigoureusement que l’État est incompétent en matière religieuse. Clorivière adopte une position de soutien à la papauté. Pour lui, l’Eglise et l’État sont appelés à exercer leur pouvoir en bonne intelligence. Les deux pouvoirs doivent être indépendants dans leur manière d’exercer l’autorité. Le temporel doit être autonome et au service du spirituel. Il se révélera intransigeant à propos des serments et s’opposera l’organisation de l’Eglise par le pouvoir de la Constituante.

Au-delà de son analyse, sans doute marquée par ses origines, il décèle un courant radicalement antichrétien qui cherche à profiter de la situation trouble pour faire disparaître la religion : « Nous sommes en temps de guerre » écrit-il. Son analyse des événements prendra une dimension eschatologique : elle le conduira à commenter abondamment l’Apocalypse.

Les armes qu’il faut prendre pour s’opposer aux puissances du Mal sont : la prière, la pénitence et la retraite dans une vie cachée. S’il envisage de s’écarter du monde, c’est dans un sens spirituel, car il reste autant que faire se peut en contact avec le monde dont il sera le témoin et la victime avec d’autres.

Plusieurs de ses premiers disciples, membres des deux sociétés, connaîtront bientôt le martyre.

Gabriel Desprez de Roche (Decize, 1751–1792), vicaire général de Paris et ami de Clorivière, mourra aux Carmes le 2 septembre 1792. Quelques mois plus tôt, ils avaient été à deux au Martyrium pour demander la grâce, sinon du martyre, d’en avoir au moins l’esprit.

François Cormaux fut pressé de se faire discret malgré son intense ministère à Paris, avant d’être finalement arrêté et détenu à Pontoise, en août 1793. Les autres prisonniers sont surpris par sa liberté de parole, sa joie et sa piété : « Il était prisonnier pour Jésus-Christ ». Après divers transferts de prison en prison où il ne cesse de prêcher des retraites et de dialoguer avec ses opposants, il finit condamné et exécuté le 2 juin 1793.

Louis Lanier (Château-Gontier, 1753–1702), était professeur au séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, et s’était engagé dans la Société le 2 février 1791 avec deux autres (inconnus). Il refusera le serment constitutionnel et sera massacré avec deux membres du séminaire Saint-Nicolas, au séminaire Saint- Firmin le 3 septembre 1792.

Clément de Saint-Pallaye, ex conseiller à la Cour des Comptes, et seul laïc engagé à la fondation de la Société, fut également tué au séminaire Saint-Firmin, le 3 septembre 1792.

À cette liste, il est probable qu’il faille en ajouter quelques autres, mais sans certitude. Du côté féminin, on ne peut oublier Madame de Bassablons, cousine de Clorivière, originaire de Saint-Malo où elle était née en 1728. Elle dirigea dans sa ville une œuvre ayant en charge 600 pauvres et soutiendra Clorivière dans son apostolat auprès des immigrés venant d’Angleterre et des convertis du protestantisme. Elle figure parmi les premières Filles du Cœur de Marie. Elle cache de nombreux prêtres et des laïques durant la révolution. Arrêtée à Saint-Malo, elle sera transférée à Paris où elle sera guillotinée le 20 juin 1704 et son corps jeté dans les fosses communes du terrain de Picpus.

Michel Van Herck, PC J

 

Questions pour un partage.

En France et en Belgique, on connaît aujourd’hui des raidissements dans les relations entre l’Eglise, les religions et la société. En d’autres points du monde, on connaît des tensions et des conflits où les chrétiens ne sont pas épargnés.

Comment est-ce que je lis ces réalités ? Quelles sont mes réactions ? Quel témoignage porter ?

 

 

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juin 26, 2019

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