5. Oraison et discernement

Quand des choix sont à faire dans nos vies, quelle place donner à l’oraison pour aboutir à un choix selon « la volonté de Dieu » ? Le croyant est appelé à faire tous ses choix, même les plus difficiles devant le Seigneur et avec Lui. Un choix difficile exclut d’abandonner son Seigneur pour décider par la seule rationalité ? Il en va du sérieux de notre foi en Jésus : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Se mettre en prière quand des choix sont à faire, c’est laisser Dieu agir dans le silence du cœur. Lui laisser toute la place, ouvert à sa volonté, surtout s’il y a tempête intérieure et tiraillements.

Quelle articulation dès lors, entre oraison et discernement ? L’oraison est mise en présence de Dieu, qui éclaire l’intelligence dans son travail de visitation des raisons profondes des choix qui s’offrent à nous.

Selon l’essentiel principe et fondement des Exercices spirituels, tout choix à faire (élection) requiert une mise en situation d’« indifférence »: viser d’abord la fin pour laquelle nous sommes créés (louer, honorer et servir Dieu le Créateur) et tendre vers une liberté intérieure concernant les moyens : ne pas vouloir santé plus que maladie, richesse plus que pauvreté, etc. Cette « indifférence » est fruit de l’oraison. En quoi ?

Mettons en lumière la dynamique des Exercices spirituels sur les 4 semaines. Ils ne mettent pas d’emblée le retraitant devant le choix à faire, qui est pourtant son but. Ils commencent par le début : d’abord décider de suivre Jésus, de le connaître plus profondément, de l’inscrire radicalement dans sa vie. Cela passe par une mise en ordre de sa vie (ordonner sa vie, dit Ignace), en quittant son péché, pour connaître intérieurement Jésus-Christ dans sa trajectoire d’homme glorifié, Fils de Dieu. Décider ainsi de choisir son camp et de vivre pour lui (l’appel du Roi Eternel, Jésus-Christ). En deuxième semaine, peut alors être entrepris un discernement méthodique orienté vers une décision.

Au regard de cette progression, l’apport de l’oraison au discernement apparaît. Elle consiste en de longs moments de rencontre avec le Seigneur, qui intègrent les trois données suivantes :

  • Une rencontre intérieure avec Celui qui est le centre de notre vie. Tout lui est confié. Dans l’oraison, tout émerge (y compris le lot d’angoisse relatif aux choix à faire), mais tout est apporté au Seigneur. Tout monte vers Dieu (ou descend en lui), dans la droiture du cœur : Seigneur, mon cœur hésite, n’est pas ferme. Je ne vois pas clair. Ce moment d’authenticité est celui de la prière : Vienne ton Esprit de discernement !

 

  • Une purification du cœur, au fil de la croissance de l’intimité avec le Christ. La foi s’approfondit. Le futur « décidant » y est convié par le contact avec la Parole de Dieu, offerte notamment des textes liturgiques. Ce faisant, le discernement est préparé par décentrement. La décision sera à la mesure de la prière de Jésus à Gethsémani : Non pas ma volonté, mais la tienne.
  • Une nourriture de l’âme, recueillie au creuset de la solitude avec Dieu, pour oser une décision que l’on n’ose pas prendre, trop onéreuse peut-être, ou demandant du courage. Quand Elie fuit Jézabel (1 Rois 19), il part loin, se réfugiant à L’Horeb. Chemin faisant, il est nourri par un ange (1 Rois, 19,7) pour repartir et recevoir une mission : Va, retourne par le même chemin, vers le désert de Damas, tu iras oindre Hazaêl, Jéhu et Elisée comme prophète à ta place. Et il partit. La décision (sans discussion) est prise dans la prière profonde. Seule la prière profonde peut faire soutenir une telle décision. Pensons aussi à la rencontre de la Vierge Marie avec Dieu, qui fut pour elle, le lieu d’une décision profonde d’accepter d’être la mère du Sauveur (Lc 2)

Si l’oraison prépare le discernement « de loin », quel rôle peut-elle avoir dans la prise de décision plus immédiate ? Elle l’accompagne aussi de près. La décision, on l’a vu, ne relève pas de la seule intelligence rationnelle, mais d’une intelligence baignée de confiance en Dieu, lui soumettant tout. Confier dans l’oraison les motifs de l’un ou l’autre choix, c’est être authentique avec son créateur et Seigneur : « En toute bonne élection, dans la mesure où elle dépend de nous, l’œil de notre intention doit être simple, regardant uniquement ce pour quoi je suis créé : pour la louange de Dieu notre Seigneur et le salut de mon âme » (Ex 169). Dans cette tempête, le cœur entrevoit de lui-même le lieu de la décision, au fil notamment de l’identification des consolations et des désolations (Ex 175 -188).

Tout cela peut advenir, en priant, dans un combat de haute lutte avec Dieu ou son Ange, tel Jacob, béni à l’issue d’un combat purifiant (Genèse 32) et ou Marie, appelée à mobiliser l’absolu de sa foi en Dieu, pour devenir la mère du Sauveur (Luc 2). Chaque foi, il faut consentir à aller au terme du processus de discernement, sans abandonner ou en prenant par exemple la voie la plus facile plus que celle à laquelle le Seigneur nous appelle. L’oraison se fait, en ce contexte, soutien du discernement autant que fruit.

Le trouble de l’oraison apparaît, faut-il le noter, quand le choix ne va pas dans le sens de ce que dit l’Eglise (ex : diagnostic prénatal avec décision d’IMG, remariage après séparation, etc…). En effet, les critères des matières « sur lesquelles on doit faire élection » sont nettes chez Ignace : Il faut que toutes les matières sur lesquelles nous voulons faire élection, soient en elles-mêmes indifférentes ou bonnes, et qu’elles appartiennent au combat que mène notre Sainte Mère l’Eglise hiérarchique, n’étant ni mauvaises, ni en opposition avec elles (Ex 170). Comment devant Dieu prendre une décision qui contredit l’éthique de l’Eglise ? Il y a là une question très délicate à traiter qui demanderait un autre article. Or il est important que ces décisions-là aussi soient prises devant Dieu en toute authenticité.

En conclusion, dans le cas d’une décision à prendre, l’oraison remet en présence de Dieu et offre la possibilité d’un long et fructueux dialogue avec lui. Le croyant atteste par-là combien il tient en haute estime son créateur et Seigneur, recevant de lui clarté et confiance en lui-même pour décider du fond de son cœur.

 

Jean-Michel Moysan, PCJ.

septembre 8, 2019

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *