7. Et quand Dieu ne répond pas !!

Voici un texte de Jean Lafrance (1931-1991), ordonné prêtre à Lille en 1963, professeur de collège, vicaire de paroisse, aumônier d’école technique. Il ressent avec véhémence l’appel de toute une vie consacrée à la prière. Il sillonne toute la France, faisant des conférences, écrit beaucoup de livres sur la prière. Tombé malade, il se dévoue à la Maison des petites sœurs des pauvres à Roubaix où il s’éteint le 14 mars 1991. Un dernier livre, ‘Jour et nuit’ sortira après sa mort, décrivant son parcours spirituel. En voici un extrait tirée de plusieurs pages  (p.56-64) :

« C’est quand nous ne voyons rien venir que nous sommes le plus tentés de baisser les bras. Seule la foi peut nous faire tenir et c’est pourquoi la question que tourmente le Christ est bien celle-ci : ‘trouvera-t-il la foi quand il reviendra sur la terre ?’ D’une certaine manière, trouvera-t-il des hommes qui durent et qui persévèrent dans la prière pour croire qu’ils ont déjà été exaucés ? l’épreuve de la foi qui dure authentifie la qualité de la prière. Comme pour le pardon des offenses auquel la prière est liée : on pardonne une fois, deux, dix fois, soixante fois et un beau jour, on risque de cesser. C’est pourquoi j’ai toujours été dans l’admiration devant la parole de Karl Rahner dans ‘serviteurs du Christ’. Elle me semble définir le mieux ce qu’est un homme de prière : « nous devons être des hommes de dieu, et pour le dire plus simplement, des hommes de prière assez courageux pour nous jeter dans ce mystère de silence qu’on appelle Dieu sans en recevoir apparemment d’autre réponse que la force de continuer à ceoire, à espérer, à aimer et donc à prier. »

Au fond plus on avance dans la vie de prière, plus on pénètre dans le mystère de silence de Dieu. On est soi-même réduit au silence, on ne sait plus ce qu’il faut dire et même demander. Cependant, on est convaincu au plus profond de nous-mêmes que la prière est la seule chose importante, la seule qui vaille d’y consacrer sa vie.

On nage vraiment dans le mystère. La grande question alors est la persévérance : « tous les cheveux de votre tête sont comptés… mais vous sauverez votre vie par la persévérance »…

De temps en temps, le Seigneur se charge de nous rappeler notre peu de foi et notre peu de prière : « hommes de peu de foi… homme de prière ! et nous comprenons alors notre vrai péché. La foi est le seul combat de la vie : continuer à croire que le Père nous écoute et nous exauce, alors qu’on ne voit aucun résultat.

C’est alors qu’on recourt à la foi de l’Eglise. Je pense à cette belle prière de l’eucharistie juste avant de demander la paix : « Ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton église et donne-lui la paix ». J’ajoute toujours « donne-nous la joie, la confiance et la prière ». Lorsque la prière est ardue et impossible, on se glisse dans la prière de l’Eglise, car on sais que l’Eglise est dépositaire de cette prière puissante et incessante. Je pense à la prière des moines, des ermites et de tous ces hommes de prière cachés qui s’usent à arracher à Dieu le salut de leurs frères -ces vieux amis de Die dont parle Saint Jean de la Croix. C’est alors que je goûte la bréviaire, comme participant à cette prière. Cette prière de l’Eglise me renvoie, bien sûr, à la prière du Christ en gloire, notre unique intercesseur… si je ne sais pas prier, lui au moins prie pour moi. Et puis il y a la prière de l’Esprit en nos cœurs. J’aime appeler l’Esprit comme celui qui pénètre le fond du cœur, connaît tous mes désirs et formule au Père une prière et une demande qui correspond aux vues de Dieu. Lui sait prier, sait ce qu’il faut demander. Et après, bien sûr, il y a la Vierge. Je n’ai jamais autant recouru à elle qu’en ce moment… Je crois que l’Esprit saint et la Vierge sont mes deux grands intercesseurs priants. Il y a aussi les saints que j’aime bien et qui ont été des priants : Saint Joseph, sainte Thérèse de Lisieux, Saint Jean-Marie Vianney, saint Benoît joseph Labre. J’aime aussi garder auprès de moi les images souvenirs des hommes ou la photo ce ceux qui m’ont quitté, à qui je vais mendier cette prière. Ils sont nombreux. Sans parler de la prière de tous les saints du ciel et sur la terre… d’une certaine manière je suis un pauvre et je vais à quête de la prière chez tous ceux qui ont quelque crédit auprès de Dieu.

… j’éprouve parfois ce ‘silence apparent’ de Dieu comme une épreuve, car elle s’attaque au cœur même de ma vocation à la prière… Et lorsque je vois qu’apparemment rien ne se passe et que Dieu semble se taire, il y a en moi comme un réflexe inconscient qui surgit : est-ce que tu t’es trompé ? Et si tout cela n’était que des histoires ! je grossis en disant cela, mais il y a quand même quelque chose en moi dans cette réaction qui est involontaire et inconscient.

Mais c’est là que ma réponse ne suit jamais l’impression. Au lieu d’abandonner la prière, j’y suis ramené avec encore plus de force et d’intensité, surtout si à ces moments-là m’est faite la grâce de la prière. Ce qui ne veut pas dire que pendant ces moments-là, ma prière ne s’affaisse pas parfois à mon insu. Comme les apôtres, je risque de fuir dans le sommeil. Habituellement, quand la grâce de la prière m’habite, je me réveille la nuit, je me mets à prier le chapelet.

Comme je comprends que Jésus ait dit qu’il fallait prier sans jamais se lasser ni se décourager. L’épreuve du temps est la grande épreuve de la prière, mais le signe que l’Esprit Saint est là, qu’il vous pousse à prier envers et contre tout… Même quand toutes les objections sur la prière surgissent, et qu’il me semble être oublié du ciel, je continue à supplier. Comme la veuve importune, il faut ‘avoir’ le juge à l’usure et surtout ne jamais baisser les bras dans ce combat de la prière qui n’est pas le nôtre, mais celui du Christ.

 

 

 

 

novembre 17, 2019

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