9. Le temps, la décision, la prière

Le lieu intérieur

On court après le temps, c’est bien connu ! Le temps de prière est souvent raccourci ou sacrifié; nos rendez-vous, nos travaux divers et variés deviennent prioritaires. Nous avons cette propension extraordinaire à être dans le temps suivant. Notre esprit a du mal à être là dans le présent et il se projette dans ce qui va arriver, comme pour calmer l’inquiétude ou se donner tous les moyens pour faire face et dominer la situation.

Un des secrets pour trouver du temps pour la prière c’est de vivre l’instant présent, là où est Dieu, l’éternel présent. Thomas Kelly écrit dans La lumière intérieure : “Maître Eckhart a écrit : « L’état d’esprit que tu as à l’église ou dans ta cellule, emporte-le avec toi dans le monde, dans son agitation et son inconstance ». Au tréfonds de chacun de nous, il est un merveilleux sanctuaire de l’âme, un lieu saint, un centre divin, une voix qui se fait entendre, et nous pouvons y revenir sans cesse. L’Éternité frappe à la porte de notre cœur, elle cherche à pénétrer dans notre vie déchiquetée par le temps, elle nous réchauffe en nous faisant entrevoir une magnifique destinée, elle nous appelle à trouver en elle notre véritable foyer.” (Voir le très beau livre de ce quaker américain : Mon expérience de Dieu, Éditions du feu nouveau, 1982)

Frère Laurent de la résurrection écrit dans L’expérience de la présence de Dieu (Le Seuil, Paris 1955) : « Il est à propos de savoir que cette conversation avec Dieu se fait au fond et au centre de l’âme. C’est là que l’âme parle à Dieu, cœur à cœur, et toujours dans une grande et profonde paix, dont l’âme jouit en Dieu ».

Une prière de fainéant

 

La question du temps à consacrer à la prière est essentiellement l’attention au temps présent. Saint Ignace de Loyola, dans les Exercices, en présentant la manière de méditer, nous donne de précieux conseils. Les indications qu’il donne concernent ce temps bien particulier de l’oraison mais elles peuvent servir à bien d’autres formes de prière.

Trop souvent dans la prière, nous nous soucions du contenu de ce qui est dit, avec la peur du vide mais nous ne nous soucions que trop peu de la façon dont je suis là, dont je fais attention. La prière est l’œuvre de Dieu en nous, il s’agit de le laisser faire. Ma part, dans cette relation, est de tout mettre en œuvre pour être disponible. Ce qui se dit dans la prière est d’abord l’affaire de Dieu, il faut lui laisser l’initiative ; la manière dont je suis là est mon affaire et donc je puis faire des préparatifs et prendre mille et une petites décisions. Il s’agit de se préparer, de se disposer, de décider avant ; il s’agit d’exercer sa liberté qui se distingue de la spontanéité : je décide et non je me laisse aller, on verra bien. Cette dernière attitude est celle d’un fainéant. On peut avoir souvent des temps de prières de fainéant où tout se dissout dans des distractions sans fin, impossibles à chasser.

Les décisions

 

La prière est un temps de fidélité et d’amour qu’il s’agit de préparer. Pour un temps de méditation je vais décider des divers éléments à mettre en œuvre. Je précise le texte avec lequel je vais aller à l’écoute de Dieu. Je peux relire les notes de ma bible pour mieux comprendre et situer le passage. Je prévois le moment où je vais prier en fonction du rythme de ma journée. Je prévois également le lieu, la durée, la position de mon corps (présent, décontracté, respectueux de l’hôte que je rencontre). Et puis, j’y vais ; et j’y vais en pensant à ce que je vais faire : c’est à dire écouter et parler à Dieu.

Jean ROUET

PCJ, Bordeaux

A retrouver dans Cor Unum n°5/2019

février 9, 2020

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