10. La prière de demande

Demandez, on vous donnera ; cherchez et vous trouverez, frappez, on vous ouvrira… Si donc vous qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. (Mt 7, 7-11).

« Demander » est donc une invitation du Christ lui-même.

 

Nos résistances sont nombreuses. La plupart viennent de ce que nous pensons de Dieu. Nous nous le représentons comme la providence qui sait tout, peut tout, assure tout ! Il prend soin de moi, ma vie est entre ses mains, pourquoi donc demander quoi que ce soit ? Ce providentialisme fait de moi un être totalement soumis à sa volonté, ainsi bonheur et malheur sont la volonté implacable de Dieu. De toute façon, il sait encore mieux que moi ce dont j’ai besoin.

D’autres images de Dieu alimentent en nous la conviction qu’Il veut susciter notre liberté, notre responsabilité, qu’Il veut nous faire acteurs de notre vie et non des êtres qui vivent par procuration et dans une dépendance d’esclaves. D’autres encore s’ancrent dans une fausse humilité : quels sont mes problèmes face aux grands problèmes de l’humanité ? Il a autre chose à faire que de s’occuper de moi ! Je ne vais pas le déranger avec mes petites affaires. D’autres résistances viennent du fait que je n’ai pas envie de recevoir, je veux vivre par moi-même. Et puis, il y a les nombreuses expériences de demandes non exaucées, ou bien encore, j’ai demandé telle chose et c’est tout autre chose qui m’arrive.

 

Demander, cependant, est une attitude qui éduque en nous une vraie humanité. Saint Augustin dit : « La prière de demande n’est pas faite pour instruire Dieu, mais pour que l’homme se construise. » Demander quelque chose, c’est reconnaître un manque. Je demande ce que je n’ai pas et que je ne peux me donner moi-même. Je demande parce que je constate que je n’ai pas. L’enfant gâté ne peut demander car on prévient tous ses besoins, il ne manque de rien et du coup, il ne peut faire que des caprices qui l’enferment sur lui-même.

 

Demander ouvre à une vraie relation de réciprocité. Quand je dis de quelqu’un que je n’attends rien de lui, je dis ma volonté de non relation avec cette personne. Une relation vraie entre les personnes est une relation de don et d’accueil où je donne de ce que j’ai, où l’autre me donne de ce qu’il a. La différenciation sexuelle inscrit dans l’humanité ce besoin fondamental de l’autre pour devenir. Ma demande à l’égard de l’autre me met en état d’attente, j’espère de lui, j’attends de lui et par là, je lui donne pouvoir d’exister comme donateur. Le fils fait le père autant que le père fait le fils.

 

Quand la demande s’adresse à Dieu, elle est une démarche de foi qui nous situe devant Dieu dans la vérité de ce que nous sommes : je suis un être donné à la vie et je me situe en vérité devant le donateur. Par-là, mon humanité se construit dans un accueil, dans une réceptivité. Exprimer une demande à Dieu c’est oser habiter un lieu de pauvreté comme un lieu d’espérance. Cette attitude nous met à égalité avec le pauvre et le mendiant d’amour. La prière de demande me fait partenaire.

 

Jean ROUET

PCJ  Bordeaux

Cor Unum 6/2019

mars 31, 2020

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