La prière non – exaucée !

L’expérience est universelle : nombreuses sont nos prières non – exaucées, tellement plus nombreuses que les autres !

            Évidemment nous demandons souvent n’importe quoi. Il nous arrive aussi de demander sans trop y croire, du bout des lèvres, du bout du cœur comme si on n’attendait pas de réponse. Nous nous moquons de ces étudiants qui prient intensément la veille de leurs examens alors qu’ils n’ont pas fait grand-chose les mois précédents… Que nos prières de fainéants ne soient pas exaucées, c’est pure justice ! (Jacques 4, 3).

            Le problème n’est pas là ! Car il y a aussi dans nos vies des supplications profondes et vraies. En période d’épreuves comme celle du Covid 19 nous demandons de toutes nos forces au Seigneur d’intervenir. Nous faisons des processions, de bénédiction du Saint-Sacrement, des chapelets et même des rosaires, le pape lui-même s’y met, seul, au cœur de la place vide – comme il était impressionnant ce vieil homme en blanc, claudiquant légèrement voûté, comme portant toutes nos prières ! – Et rien ne se passe !

Qu’attend-il pour intervenir ? (Ps 13). Y a-t-il une somme à atteindre pour qu’il fasse quelque chose ? (Mi 6, 6). Quand va-t-il s’occuper de cette humanité en désarroi et bloquée ? (Is 64, 2). Faudra-t-il le prier pour qu’il prenne soin de nous ? Depuis le début de la pandémie, combien de milliards de suppliques lui ont été adressés ? Dieu serait-il sourd ou indifférent ou trop loin ?

            La non – réponse de Dieu est éprouvante. Elle peut faire naître le désespoir et le doute, et plus d’un a abandonné. L’apôtre Pierre nous décrit que c’est une épreuve nécessaire de la foi (1 P 6 – 7).

            La parole de Dieu est remplie d’invitations à demander : « Demandez et on vous donnera ! » (Mt 7, 7) ; « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Lc 18, 41) ; « Un pauvre crie, Dieu entend ! » (Ps 33, 7). Les citations sont innombrables et vont dans le même sens : demandez et vous recevrez !

            La prière non – exaucée opère en nous un véritable travail de purification.

            Nos images de Dieu doivent passer, comme l’or, au creuset. Elles seront toujours imparfaites. « O toi l’au-delà de tout, comment t appeler d’un autre nom ? » chante saint Grégoire de Naziance. Nous avons beaucoup de mal à nous défaire d’un Dieu au service de notre désir de toute-puissance. La croix de Jésus en est l’antidote souveraine.

            L’opacité du réel, la profondeur de l’histoire, l’ambiguïté de nos actes, autant de réalités auxquelles il nous est difficile de consentir. Nous prenons Dieu pour un spécialiste du contournement du réel. La croix de Jésus et sa mort nous obligent à regarder avec humilité nos compréhensions, nos représentations de la réalité. L’épreuve que le monde entier traverse rabaisse toutes nos prétentions à tout savoir et à tout dominer.

            Comme le Christ nous y invite dans le Notre Père avec le pardon, nous avons demandé ce que nous nous proposons de faire nous-mêmes : « Pardonne-nous comme nous pardonnons… ». Loin d’être une démission de nos responsabilités dans les mains de Dieu, la demande nous engage à faire tout ce qui est en notre pouvoir. La prière de demande est engagement de réciprocité et non démission ou décharge sur un autre.

            « La prière de demande n’est pas faite pour instruire Dieu, mais pour que l’homme se construise » écrivait saint Augustin. Dieu sait ce dont nous avons besoin (cf Lc 12, 30). Exprimer nos demandes construit notre humanité dans la nécessité de la relation. Se construire humainement ne peut se faire sans l’autre. Devenir pleinement humain s’accomplit dans une relation où, comme un pauvre, j’attends de l’autre (Autre) cette part d’humanité que je ne peux me donner et que lui seul peut m’offrir.

            La limite de la réciprocité, c’est le donnant – donnant l’absence de gratuité dans nos relations aux autres et à Dieu. « Tout est grâce » nous apprend l’apôtre. Il n’y a rien à payer : « Venez acheter consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer » proclame le prophète (Is 55, 1).

            Nos prières non – exaucées nous humanisent. Nos prières sans réponse apparente creusent en nous le désir de Dieu. Nos prières, au lieu de nous remplir, nous vident de nous-mêmes pour attendre et espérer de l’autre gratuitement. Nos prières nous responsabilisent. La croix de Jésus set ainsi le lieu par excellence de la supplication.

            Seigneur, apprends-nous à prier !

                                                 Jean Rouet, PCJ – Bordeaux. Cor Unum, n° 3, 2020

juillet 30, 2020

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