Septième jour

l’Assomption de Notre-Dame

  1. Prier en contemplant l’icône.

            La scène contraste avec celle de la mort du Christ. Il y a beaucoup d’affairement autour des personnages principaux.

            À l’avant-plan, Marie est étendue sur son lit de mort. Elle est vêtue traditionnellement : une robe bleue qui rappelle sa nature humaine et un voile–manteau rouge signifiant l’amour et la puissance divine qui se manifeste en elle. Son lit est également drapé de rouge. L’Orient évoque traditionnellement la mort de Marie par la « dormition » tandis que l’Occident la présente montant au ciel, dans son « Assomption ».

            Au-dessus d’elle, le Christ ressuscité est vêtu en blanc éclatant évoquant sa condition de ressuscité. Il porte un bébé nimbé et complètement vêtu de blanc : il s’agit de l’âme toute pure de la Vierge qui a quitté sa condition corporelle. Les deux personnages sont enchâssés dans une demi mandorle ceinte d’une couronne d’anges ; c’est déjà le ciel.

            Au sommet, Marie assise sur un tabouret se retrouve dans ses habits terrestres : elle est au ciel, figurée par un cercle de même couleur que la mandorle du dessous avec le Christ. Marie y est avec son âme et son corps, comme le proclame la foi de l’Eglise.

            Des anges virevoltent en tous sens en compagnie d’êtres humains qui écrivent : les évangélistes avec leur animal symbolique ou des Pères de l’Eglise.

            Des bâtiments de part et d’autre de la scène centrale délimitent l’espace terrestre et celui du ciel.

            De chaque côté du lit de la Vierge, des apôtres, des saintes femmes et, revêtus du pallium et auréolés, Pierre et André qui représentent l’Occident et l’Orient.

            L’ensemble de l’icône, sauf le bas qui figure le sol terrestre, est dorée, couleur divine par excellence.

  • Pour aller plus loin dans la prière.

            L’atmosphère de la mort de Marie est fort différente de celle de son fils : alors que la mort de Jésus un caractère tragique, celle de Marie est paisible. Elle est entièrement vêtue, comme durant son existence terrestre.

            La Tradition évoque largement la mort de Jésus, alors qu’elle est très discrète sur celle de Marie. Cette dernière est en effet impossible à situer dans l’espace et dans le temps : de pieuses traditions existent, mais restent invérifiables.

            On peut comprendre la discrétion qui entoure la mort de Marie et l’importance donnée à celle de Jésus par le fait que le drame de la rédemption n’était pas achevé – et pour cause- au dernier moment de sa vie terrestre où il expire. Quel en serait le dénouement, puisque le triomphe du Christ n’était pas encore affirmé par la résurrection et l’ascension ? Tandis que lorsque Marie meurt, elle bénéficie du triomphe de Jésus dans la gloire, comme le montre l’icône. La mort de Marie n’est pas une imitation de celle de son fils : elle participe d’emblée à son passage dans la gloire de Dieu.

            L’icône nous donne l’image parfaite de l’être humain bénéficiaire du salut.

            D’apparence banale et pauvre, la mort de Marie est accueillie dans un ciel en fête. L’iconographe s’inspire sans doute des apocryphes qui disent que Jésus est venu auprès de Marie, entouré d’anges. Mais ne peut-on pas dire que Jésus est venu chercher sa mère au terme de sa mission terrestre, en y associant le ciel entier ?

            Jésus ouvre son cœur divin pour y faire reposer celle qui l’avait accueilli autrefois lors de son incarnation. Il lui rend au centuple le repos et l’hospitalité qu’elle lui avait donnés en le concevant.

            Marie est emportée dans l’abîme de l’amour de celui qui se proclamait son fils. Elle reconnaît dans cette intimité l’œuvre de l’Esprit qui lui avait offert son alliance et avait été son hôte. Elle se trouve désormais face au Père vers lequel s’élançait son cœur. Toutes ses aspirations étaient désormais comblées. Son fils vient chercher son corps pour l’unir à son âme afin qu’elle soit totalement en Dieu et communie totalement au bonheur divin.

            Nous pouvons la voir, à ce moment, débordante de bonheur et chantant à nouveau son Magnificat. Au terme de son existence, elle peut rendre grâce à Dieu avec une plus grande lucidité qui détaille tous les bienfaits reçus.

            En Dieu, Marie découvre le plan secret de son existence et voit comment la sagesse de Dieu avait tout organisé parfaitement, alors que, sur notre terre, elle s’était trouvée bien souvent en présence d’événements qui dépassaient sa compréhension.

            Si elle avait tenté de comprendre ce qui lui advenait sur terre, elle perçoit maintenant le sens de tout ce qu’elle a vécu. Au ciel, elle perçoit l’unité de sa vie dans laquelle Dieu n’avait rien laissé au hasard. Les événements surprenants ou douloureux prennent maintenant tout leur sens.

            Contempler Marie accédant au ciel nous permet de relire avec des yeux nouveaux qui nous font voir les attentions de l’amour divin, ce que nos yeux terrestres avaient perçu comme mésaventures, comme horreurs, comme choses repoussantes. Car, comme nous, Marie avait été environnée par les méfaits du péché, même si elle en avait été préservée.

            Au terme de son existence terrestre, Marie a pu découvrir la fécondité de son existence. Certes, elle y avait cru en faisant confiance au Seigneur, mais elle n’avait pu en percevoir la véritable utilité.

            Maintenant qu’elle est au ciel, elle ne peut qu’aspirer à se voir rejoindre par tous ceux qui entourent sa dépouille terrestre, et que l’icône présente rassemblés autour d’elle. Elle poursuit ainsi son œuvre maternelle en notre faveur. Comme pour les mariés de Cana, elle se montre attentive à toutes nos détresses et elle intercède pour nous auprès de son fils. Avec bienveillance, elle cherche à réconcilier et à unir tous ses enfants dispersés et tend à leur insuffler son amour. Elle, dont le cœur a été transpercé de nombreuses fois, présente les souffrances du monde et de chaque être humain au Père en les incorporant au sacrifice de son Fils sur la croix.

            Sa mission est finalement de donner davantage le Christ au travers des multiples dons qu’elle nous communique. Ce don est en quelque sorte sa raison d’être depuis son « Fiat » : elle a été inventée par le créateur pour donner au monde son Fils comme Sauveur. Elle consacre tout son amour et toute sa gloire céleste à nous ouvrir à ce don et à nous unir au Christ.

  • Autres pistes pour la prière.

            Nous pouvons prier longuement le Magnificat (Lc 1,46-56) en nous attardant à tel ou tel mot ou expression.

            Nous pouvons prier en relisant notre retraite et en y voyant les grâces reçues.

  • Méditation de P. de Clorivière

            Marie avait été prédestinée de toute éternité pour être la Mère du Fils de Dieu. Voilà la première et la principale cause des faveurs ineffables est tout à fait singulières dont elle fut comblée.

            La prédestination de Marie par l’union qu’elle avait avec celle de l’homme–Dieu précéda, dans l’ordre des décrets divins, selon notre manière de concevoir, la formation du reste des créatures. La formation de Jésus-Christ et celle de sa sainte Mère sont les plus nobles émanations du pouvoir divin au-dehors, le premier objet de l’entendement divin et comme la cause de la formation de tous les autres êtres, soit matériels, soit immatériels. […].

            Le Verbe éternel ne se contenta pas de préserver de la tache originelle celle qu’il avait choisie pour être sa Mère. Non seulement il l’orna de toutes sortes de dons, presque sans mesure, mais il voulut de plus que rien ne ternit jamais son incomparable beauté, et qu’au contraire cette beauté reçut à chaque instant un nouvel éclat, par la pleine correspondance que la bienheureuse Vierge Marie apporterait à toutes les grâces dont elle serait comblée.

            Marie fut donc d’abord préservée de tout péché actuel, soit mortel, soit véniel. C’est une vérité que la foi nous enseigne. Un seul péché véniel eût suffit pour détruire en elle les dispositions que demande sa maternité divine.

            Ainsi, quant à ce qui est de la préservation du péché, formée comme Adam et Eve dont la justice originelle, mais plus fidèle, plus favorisée qu’eux, non seulement elle ne déchût jamais de ce au état, mais même, elle ne se permit jamais rien qui fut capable de donner la moindre atteinte à sa pureté !

            En second lieu, quoiqu’elle fut sujette, comme son divin Fils avait daigné l’être, à ces peines de l’âme et du corps qui sont en outre le fruit du péché, quoi que, comme lui, elle eût à souffrir les plus violentes attaques de la part de l’ennemi du genre humain, elle ne ressentit jamais ni dans l’âme, ni dans son corps très pur, aucun de ses désirs, aucun de ses mouvements désordonnés, qui ont avec le péché une liaison si étroite, et qui portent naturellement vers lui. Tout en elle était dans l’ordre. Jamais la concupiscence ne lui fit sentir ses ardeurs, ou plutôt elle n’eut jamais de place en elle et Marie n’eut pas à se plaindre de cette loi des membres qui combat en nous la loi de l’esprit, et qui semblait si dur et si pénible au grand Apôtre.

            L’homme–Dieu communiquait par grâce à sa Mère ce qui lui appartenait à lui-même par nature. Il n’était pas convenable que celle dont les « fondements » sont « posés sur le sommet des montagnes saintes » fût inférieur en cela aux esprits célestes. […].

            Marie fut sainte dès le sein de sa mère, avant même que de naître. On doit l’entendre d’une sainteté acquise, et non pas de cette sainteté qui lui fut gratuitement infuse dans sa conception. Il faut sans doute pour cela reconnaître alors dans Marie l’usage libre de ces puissances ; mais pourrait-on le lui refuser si l’on considère que le texte sacré nous apprend clairement que cet usage libre fut accordé à saint Jean-Baptiste, lorsque à la voix de cette auguste Vierge, il fut sanctifié, étant encore dans le sein de sa mère ? Ne doutons pas que Marie n’ait eu le même privilège, et d’une manière beaucoup plus parfaite que le précurseur de son Fils.

            Doutons encore moins qu’elle ne se servît de ce privilège pour remercier le Seigneur de tant de biens dont il l’avait comblée, et pour lui payer sans cesse le tribut de ses adorations et de l’amour le plus pur, dans son cœur dont son cœur était capable, et qu’ainsi elle n’acquit à chaque moment de nouveaux trésors de mérites et de sainteté.

            C’est avec beaucoup de raison que l’on appelle ici toutes ces choses comme étant très propres à rehausser la gloire de l’Immaculée- Conception. […].

            Les raisons de la convenance de l’Immaculée- Conception de la très Sainte Vierge peuvent être tirées de Jésus-Christ même, de sa bienheureuse Mère, de la nature du péché originel et de la perfection même du privilège que nous reconnaissons en Marie.

            Pour ce qui regarde l’homme Dieu, si sa sainte Mère eut été, comme les autres hommes, sujette au péché dans son premier moment, il semble qu’on eût pu soupçonner ou sa puissance, ou son amour : sa puissance, si désirant préserver sa Mère de toute tache, il n’eut pas eu le pouvoir de le faire ; son amour, si pouvant l’en préserver, il ne l’eût pas voulu. […]

            Qui ne se choisirait à soi-même la Mère la plus douée de perfection, si ce choix était en son pouvoir ; et pourquoi refuserions- nous à l’Homme- Dieu, un sentiment aussi conforme à la droite raison ?…. C’est lui-même qui nous met ce raisonnement à la bouche : « Si, tout méchant que vous êtes, vous savez donner ce qui est bon, à plus forte raison, votre Père qui est dans les cieux ».

            Félicitons Marie d’un privilège si singulier et concevons de nouveaux désisr de mériter, par une solide et constante dévotion, le bonheur d’être admis au nombre de ses enfant bien-aimées.

            Comment ne pas aimer celle en qui se rencontrent tant de beautés et de perfection, celle qui ne fut jamais souillée de la tache la plus légère ? On est sensible aux liens du sang, au bienfait, à l’amitié. La vertu, jointe à la beauté, exerce sur les cœurs un empire presque irrésistible. Comment donc nos cœurs seraient-ils sans amour pour Marie ?

            Puisse le nombre de vos zélés serviteurs s’augmenter de jour en jour ! Puissé-je moi-même être de ce nombre, quand ce ne serait qu’au dernier rang ! C’est la grâce que je demande humblement par le mystère de votre conception sans tache, et que j’ose espérer de votre protection toute-puissante auprès de votre divin Fils, qui vit et règne avec le Père et le Saint Esprit, un seul Dieu, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

            Un excellent moyen pour obtenir la vertu de pureté dans son degré éminent, est de le demander par l’Immaculée- conception de Marie et d’avoir une véritable et solide dévotion pour ce mystère.

            Renouvelons nos saints engagements avec une nouvelle ferveur. Que ce soit là le bouquet que nous ayons soin de préserver à notre grande reine, à la gloire de son divin Fils.

Prions l’un et l’autre de nous accorder leur sainte bénédiction et de nous admettre plus avant dans le sanctuaire de ces divins cœurs.

                                                                       Voilà votre mère. Extraits des œuvres du Père de Clorivière page 33. 87–95 passim

  • Nos références

L V. 8 : suivre Jésus dans sa vie, sa mort, sa résurrection

        25 : pauvreté de cœur

        34 : se retirer dans la solitude

        36 : obéissant jusqu’à la mort

        67 : Marie est la première à entrer dans le monde nouveau et à s’engager… Elle nous

                ouvre une route

PCJ 18 : nous voyons dans le cœur du Christ la source d’eau vive

        19 : Marie ouvre pour tout disciple des chemins de consentement à l’Amour

               miséricordieux et de coopération avec Lui

        42 : Marie favorise notre intériorisation du mystère pascal

  • Pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour un approfondissement personnel
  • Vu mon âge, mes handicaps, j’approche de l’heure de la rencontre avec le Seigneur. Comment j’envisage cette dernière étape de ma vie ?
  • « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » disait Thérèse de Lisieux au moment de mourir. Est-ce que j’envisage ainsi la fin de ma vie ?
  • La fin de ma vie, avec le dégagement des années de ministère, de travail, de vie familiale… est-elle pour moi l’occasion d’une relecture dans l’action de grâce, la demande de pardon ?…
  • Aujourd’hui, quelle valeur j’accorde à mon passé ?
  • Si j’ai la possibilité de rencontrer d’autres personnes qui achèvent leur vie, comment je les aide à envisager ce grand passage qui les attend ?
  • Est-ce que je peux parler avec eux de la façon dont je vois le terme qui arrive lentement ?

Le texte peut être téléchargé ici

mai 17, 2020

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