Sixième jour

Marie dans la Passion

  1. En contemplant l’icône.

            La scène du Christ en croix dégage une atmosphère de paix. La composition de l’ensemble du décor est très réglée. La Croix est plantée au centre avec des bras bien réguliers. Derrière elle, un triple promontoire forme une estrade parfaite. La muraille du palais à l’arrière- plan présente également beaucoup de régularité.

            Le ciel, assez terne, mais clair, est éclairé de manière symétrique par le soleil et la lune. Les personnages à l’avant-plan sont des contemplatifs.

            Marie nous présente sereinement son Fils en croix. Elle est traditionnellement vêtue de la robe bleue signifiant son humanité. Elle est couverte d’un manteau–voile rouge qui souligne qu’elle bénéficie de l’amour et de la puissance salvatrice de Jésus.

            Derrière elle, sont rangées les saintes femmes auréolées. La robe jaune de l’une d’entre elles, couverte d’un voile–manteau orangé suggère la pécheresse pardonnée. Son bras et sa main gauche, touchant son visage, évoquent la prise de conscience de sa faute qui a conduit Jésus à la croix. Elle fait penser à ce qui Ignace propose comme prise de conscience du péché par celui qui se prépare à entrer dans les Exercices spirituels (4e annotation et n° 53).

            À droite de l’icône, le disciple bien-aimé paraît affligé par la mort de Jésus. Sa main droite est plaquée sur sa joue en signe de désolation, tandis que l’autre nous présente le Christ. Comme Marie, les couleurs de son vêtement nous le montrent très humain et rempli de l’amour divin.

            Derrière lui, le centurion qui n’a pas encore donné son coup de lance, contemple celui qu’il déclarera « Fils de Dieu ». Lui aussi est captivé par la scène qu’il contemple.

            Son vêtement bariolé suggère sa personnalité quelconque. Il rejette sa cape rouge, signe d’une puissance (celle de Rome) devenue étrangère aux événements qui se déroulent sous ses yeux.

            Le Christ se semble installé paisiblement sur sa croix. Sa mission est achevée et ses bras ouverts semblent dire : « Voyez, tout est accompli ».

            À ses pieds, le crâne évoque le premier Adam que la mort causée par son péché a réduit à rien.

            Seul le sol vallonné suggère le trouble du monde terrestre en ce moment décisif.

  • Pour poursuivre la prière. (Jn19,25-27)

            Prions Marie pour qu’elle nous aide à comprendre dans quel gouffre d’un mal injuste elle a été attirée par la faute des hommes. Au pied de la croix, elle peut mesurer la portée des paroles de Siméon lorsqu’elle présenta son Fils au temple (Luc 2).

            Les coups de glaive se sont répétés tout au long de sa vie. Avec le psalmiste elle peut dire : « Les flots de l’abîme, toutes tes vagues ont passé sur moi » (ps 42, 8). Un tsunami l’a submergée : le manque de foi des hommes en son fils, le refus d’accueillir son évangile.

            Le mal commis par l’homme à la suite d’Adam est essentiellement le refus de faire confiance en Dieu et de se complaire dans l’esclavage du péché : soupçons, méchancetés, amertume.

            Comme Jésus, Marie a été victime des conséquences du péché de l’homme : les maux qui viennent des limites humaines et qui sont liés à la nature des choses : incompréhension de Joseph lors de l’annonciation, situations embarrassantes auprès des membres de sa propre famille, préjugés sociaux, intérêts de groupes, injustices de toutes sortes.

            Face à tous ces maux qui l’ont atteinte à travers les blessures infligées à son Fils, Marie a pleuré comme le suggèrent maintes représentations mariales dans les peintures médiévales, la statuaire, comme par exemple celle de la Salette.

            Mais l’icône que nous contemplons ici, suggère plutôt qu’elle a supporté avec courage les lourds fardeaux de son existence et de celle de son Fils.

            Sans doute a-t-elle surtout réagi par sa prière « pour les pauvres pécheurs » que nous sommes en suivant les propositions de son Fils : « Aimez vos ennemis, prier pour ceux qui vous persécutent… » (Mt 5, 43–45).

            À Cana, elle a fait face au mal, en portant secours au malheureux couple de mariés.

            À la croix, nous la retrouvons en silence. En ce moment, les discours sont vains. Face au mal, elle s’offre elle-même comme le fait son Fils. La Lettre aux Hébreux (10, 5–7) évoque cette offrande du Fils à laquelle tout croyant est invité à s’associer. Marie participe silencieusement à ce combat.

            Marie entre dans le mystérieux combat auquel se livre son Fils en croix. Elle nous aide à comprendre le sens de cette lutte ultime lorsqu’approche notre dernière heure et que nous sommes tentés de renoncer à vivre. À la croix, nous la voyons debout.

            En contemplant cette scène en compagnie de Marie, nous pouvons regarder le mal qui est en nous (intentions mauvaises, cupidité, envies, vanités, déraison. Examinons aussi nos liens avec le péché du monde auquel nous participons (pauvretés de toutes sortes,…), le mal qui a blessé le cœur de Marie : l’incrédulité, le peu d’espérance, le manque de désir de Dieu, la peur d’aimer gratuitement

            Ayant pris conscience de ce mal, nous pouvons alors en demander pardon et recevoir le sacrement de ce pardon dès que nous le pourrons.

  • Autres pistes pour prier.

1. Nous rappeler les coups de glaive que Marie a reçus dans sa vie.

     Entrer dans ces sentiments, ces pensées, ces réactions.

     Voir comment cela nous rejoint. En parler avec elle, avec son fils.

2. Être avec Marie au pied de la Croix.

    Voir comment elle est atteinte par les maux des hommes.

     Être dans l’action de grâces parce que par son Fils nous sommes sauvés.

      Lui demander pardon de l’avoir tant fait souffrir.

3. Prier avec Marie pour les pécheurs : nous-mêmes, les autres.

4. Voir comment nous pouvons réagir face au mal dans le monde, avec Marie.

5. Relire nos eucharisties comme mémorial de la passion.

  • Méditation avec P. de Clorivière

            Les souffrances de Marie lui donnent un droit incontestable à la qualité de « Reine des martyrs». Son amour en fut la mesure. Jugeons-en par cette règle. Dès lors elles nous apparaîtront tout à fait ineffables et fort supérieures à tous les tourments que les martyrs ont jamais endurés.

            Marie eut part à toutes les souffrances de son Fils. La circoncision de Jésus, la fuite en Égypte, les tourments de sa passion et de sa mort sur la croix n’enfoncèrent pas seulement le glaive de douleur dans l’âme de Marie, au moment où son Fils était dans l’une ou l’autre de ses souffrances ; la connaissance certaine qu’elle en avait les lui fit souffrir longtemps auparavant et tout le temps qu’elle survécut à son Fils ne fut qu’un renouvellement continuel de l’impression douloureuse que ces tourments avaient gravé profondément dans son âme.

            Comme sa dignité l’approchait de plus près de son Fils, elle eut aussi plus de part que personne à ses douleurs. Toute sa vie fut, comme la sienne, une croix et un martyre continuels et si elle n’expira pas parmi tant et de si pénibles tourments, c’est que l’Eglise naissante avait besoin d’une telle Mère et que la prolongation de ses jours devait donner à ses mérites toute leur immense étendue en augmentant la durée de son martyre.

            La protection que Marie accorde à ceux qui souffrent, les grâces de force et de courage qu’elle obtient pour les martyrs, sont encore un nouveau droit qu’elle a à la qualité de « Reine des martyrs ».

            Ce qui met le comble aux bienfaits de Marie et à notre dette, ce sont les douleurs qu’elle souffrît pour nous et l’amour avec lequel les endura.

            […] Seconde Eve, bien plus digne de ce nom que la première, elle fut donnée pour aide et pour compagne au second Adam et nous enfanta dans les larmes, payant ainsi à la justice divine les dettes qu’elle n’avait pas contractées.

            Vraie Mère des douleurs, elle souffrit tout ce que souffrit son Fils, elle souffrit conjointement avec lui, comme lui, et, en proportion, autant que lui. Elle fut cette « femme forte » dont le Saint Esprit nous a tracé le portrait ; « elle a considéré le champ » fertile de l’Eglise, « elle l’a acheté, et du fruit de ses mains, elle a planté la vigne ; elle à ceint ses reins d’un indomptable courage et a fortifié son bras » (Prov 31, 16. 17).

            Soyons pénétrés de vifs sentiments de tendresse, de compassion et d’amour à la vue de ce qu’elle a enduré pour nous ! Que notre salut a coûté cher à son cœur maternel ! Il est le prix du sang de son Fils !

            […] Marie, en subissant la loi de la purification, en offrant Jésus-Christ à son Père, en le rachetant pour les hommes, pratiquait les plus hautes vertus dans le degré le plus parfait et surtout celle de l’obéissance et de l’humilité. Elle faisait à Dieu l’offrande la plus agréable à ses yeux et exerçait envers les hommes l’acte de la plus grande charité.

            […] Dans les mystères douloureux, ses peines sont entièrement conformes à celles de son divin Fils ; son âme, comme la sienne, est toute plongée dans la douleur, son amour est la mesure de sa douleur…

            Cause de sa douleur : sa tendre compassion, les péchés des hommes dont elle pénètre mieux la malice que toutes les autres créatures et dont elle se charge à l’exemple de son Fils…. La perte des âmes est pour son cœur le glaive le plus aigu, le plus douloureux, parce que son amour pour elles et pour chacune d’elles est incompréhensible et qu’elle sait combien elles sont aimées de son Fils.

            Comment souffre-t-elle ? Parfaite imitation de son Fils, elle souffre avec lui et comme lui. Elle l’accompagne dans tous ses actes, dans toutes ces prières, elle n’a pas d’autre désir que les siens. Le cœur de son Fils est le sien ne sont qu’un même cœur. Unissons nos cœurs au leur….

            À la flagellation, Marie souffre invisiblement dans son corps ce que Jésus souffre visiblement dans le sien. Dieu l’a ainsi révélé à ses serviteurs, rien de plus croyable, il fallait pour qu’il y eut une plus grande conformité entre la Mère et le Fils.

            Marie eut désiré prendre sur elle les souffrances de son Fils. La douleur du cœur est si grande, que celle du corps eût été un allégement. Dieu aurait-il refusé cela au désir de Marie ? Jugeons par là des douleurs de Marie dans tout le cours de la passion….

            Elle souffre pour les mêmes causes que Jésus. Elle partage son horreur pour le crime qu’il veut expier, et cette horreur augmente à la vue de ce tourment. Le désir véhément qu’elle a d’extirper le vice de la chair, lui fait regarder comme peu de choses tout ce qu’elle endure.

            Les sentiments du cœur de Jésus sont les siens : acceptation, humilité, amour…. Elle rend à son Fils, pour les hommes, ce qu’ils lui doivent, elle le conjure de leur appliquer ses mérites afin qu’ils surmontent le vice d’impuretés.

            Au couronnement d’épines, elle le voyait en esprit lorsqu’il était au milieu des soldats, elle voyait leurs traitements barbares, elle entendait leurs railleries, elle ressentait, et dans son cœur et dans son corps, tous les coups, tous les soufflets qu’ils lui portaient. Mais lorsqu’après tous les outrages, Pilate le montre au peuple, dans l’état où les soldats l’avaient mis, elle le vit des yeux du corps. Quelle impression douloureuse cette vue ne fit-elle pas sur son âme !

            Elle souffre pour les mêmes fins. Elle offre ses tourments et les siens pour l’expiation de notre orgueil…. La plus humble des créatures en voyant ainsi son Dieu et son Fils se réduire à cet état de souffrance et d’abaissement, souhaiterait, s’il était possible, s’abaisser et souffrir encore davantage.

            Dans la montée au calvaire, ses souffrances intérieures et extérieures sont celles de son divin Fils. Son âme est plus en Jésus qu’en elle-même. Elle sent comme lui et avec lui toute la pesanteur de sa croix, toute la dureté des Juifs, toute la fatigue, tout ce que les péchés des hommes, tout ce que la perte de tant d’âmes à de douloureux pour son cœur….

            Elle se propose dans ce mystère les mêmes vues que son divin Fils, souffre comme Mère du Sauveur, comme reine des prédestinés, comme modèle des hommes ; Mère du Sauveur, elle doit partager sa peine ; reine des prédestinés, elle doit marcher à leur tête dans le chemin de la Croix ; modèle des hommes, elle leur apprend, elle les invite à souffrir….

            Quelle estime, qu’elle amour pour la Croix ! La croix set sa gloire et son trésor. Elle n’est occupée comme Jésus que de la gloire de Dieu du salut des hommes. Elle ne songe qu’à coopérer avec son divin Fils.

            Au pied de la croix, elle ressent toutes les plaies de Jésus. La vue de Jésus, la dureté des Juifs, l’ignominie du supplice, la justice divine irritée, tout aggrave sa peine. C’est surtout au pied de la croix que « le glaive » prédit par Siméon « transperce son âme ». Elle souffre parce qu’elle est Mère de Jésus, parce que nous sommes ses enfants, parce qu’elle nous aime…

            «Stabat justa crucem Jesus » : elle est proche de Jésus, la victime.…

            Elle a consenti au sacrifice, elle l’eût consommé s’il eût été nécessaire. Elle accompagne, elle imite Jésus dans ses prières. Elle offre au Père éternel le sang de son Fils pour le pardon des pécheurs….

            Quelle impression fait sur son âme cette parole de son Fils : « voilà votre fils ! ».

            O Marie, tout ce que vous avez fait souffert pour nous montre avec évidence, la grandeur de votre amour pour nous et pénètre nos cœurs du sentiment de la plus profonde gratitude.

            Nous vous devons la vie, nous vous devons même infiniment plus que la vie puisque nous vous devons Jésus et tous les biens que nous recevons de Jésus et par Jésus.

            Quelle confusion pour nous d’avoir jusqu’ici si mal reconnu tant de générosité et de nous être montrés si ingrats ! Mais aussi quelle raison d’avoir confiance et de compter toujours sur un accueil favorable ! Pourriez-vous oublier ceux que vous avez tant aimés et placés à si au prix ?

            Nous nous réfugions sous votre protection….

            Donnez-nous de vivre de telle sorte que les témoignages de notre gratitude envers votre divin Fils et envers vous-même éclatent aux yeux de tous les hommes.

            Obtenez-nous surtout d’imiter votre zèle des âmes, de ses âmes pour lesquelles vous avez voulu tant faire et en souffrir. Ainsi soit-il !

                                      Voici votre Mère. Extraits des œuvres de P. de Clorivère. Chap 17. Marie, Mère des douleurs, pp111-115

  • Nos références.

Exercices spirituels 53. 1 : « Imaginer le Christ Notre Seigneur devant moi et mis en croix ; faire un colloque : comment, de Créateur, il en est venu à se faire homme, et ainsi mourir pour mes péchés ».

Livre de Vie 70 : le silence du calvaire dépasse d’éloquence des mots

PCJ 7 : dans le cœur du Christ, nous contemplons l’expression achevée du message divin.

ISF 10 : contempler celui que nous avons transpercé

       11 : le cœur du Christ est tout entier donné au Père et livré aux hommes

       12 : le silence du calvaire dépasse d’éloquence des mots.

SVE 6 : saisi par un amour qui précède le nôtre, nous sommes appelés à nous livrer

        10 : le cœur de Jésus est le signe le plus transparent de l’amour de Dieu pour les hommes

  1. : une contemplation qui nous ouvre à l’amour, qui nous guérit
  • Pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour un approfondissement personnel.
  • Devant les difficultés et les douleurs physiques ou morales que je ressens, comment je vis la confiance en Dieu ?
  • Est-ce que je compatis aux difficultés et aux peines des autres ? Comment ?
  • Quelle est la place de la croix dans ma vie ? Comment je la porte ?
  • Comment je lutte contre le péché en moi ? dans le monde ?

Le texte peut être téléchargé ici

mai 17, 2020

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