Cinquième jour

Les noces de Cana

  1. En contemplant l’icône.

            Tout comme sur l’icône, Marie ne porte pas de nom dans l’Évangile de Jean (chap 2). Elle est « la femme ». Saint Jean, qui ne la désigne jamais par son nom, la nomme cinq fois sous cet intitulé. Elle réapparaîtra à la croix, à la fin du parcours terrestre de Jésus qui s’inaugure ici à Cana.

            Marie apparaît drapée dans un ample vêtement brun avec des reflets rougeâtres. Le peintre souligne son caractère terrestre qui laisse entrevoir le rouge de la puissance et de l’amour divin dans les replis du vêtement. Cette dernière coloration est également celle de ses chaussures. Elle a encore du chemin à faire pour être totalement divinisée : « Femme, mon heure n’est pas encore venue ». La couleur brune souligne sa grande attention aux situations terrestres que connaît l’être humain, ici les jeunes mariés.

            Jésus n’est pas au centre de l’icône, laissant la place au jeune couple. La couleur de ses vêtements atteste de sa divinité (rouge) et le bleu évoque son humanité. Sa main bénit : sont-ce les mariés ? ou la coupe et le pain ?

            Les mariés occupent le centre de l’icône. La blancheur de leurs vêtements suggère leur transfiguration suite au partage de la coupe et du pain. Participent-ils anticipativement à l’eucharistie, mémorial du don sans limite du Christ ? Le repas scelle-t-il les noces éternelles de Dieu avec son peuple ? Leurs visages sont pensifs : ils sont pénétrés du mystère qui s’accomplit sous leurs yeux et dont ils sont les premiers bénéficiaires selon saint Jean.

            Les disciples, bien présents dans le texte de l’évangéliste, semblent absents sur l’icône. Mais rappelons-nous que, dans l’art de l’icône, le spectateur est partie prenante de la scène. Nous qui l’observons, nous les représentons. Nous sommes des témoins interrogatifs quant à l’avenir que nous réserve Jésus accomplissant son premier signe, comme le rapporte saint Jean.

            Les serviteurs, renfermés dans leur cuisine, écoutent attentivement Marie et sont prêts à agir : l’un d’eux avance la main. Discrets, ils se fondent quasiment dans le décor latéral.

            Le maître du repas est minable. On le voit à peine. Il ne semble pas préoccupé par la situation créée par son insouciance. Il se dissimule derrière celle qui apparaît comme la maîtresse de cérémonie : Marie.

            Sur la table, carafe et verres sont désespérément vides : « ils n’ont plus de vin ».

            À l’avant plan, les six jarres vides attendent le signe de Jésus. La main bénisante du Maître concerne-t-elle leur contenu ?

            L’arbre aux côtés de Jésus et surplombant la scène est signe de la vie qui va se répandre à profusion par l’intervention de Jésus.

            Les regards traduisent une certaine tristesse, de l’inquiétude : l’heure « qui n’est pas encore venue » ne semble pas à la joie ! C’est Cana avant le signe.

            Pourtant l’ensemble de la scène en orangé suggère la lumière de la foi à laquelle Jésus invite l’humanité. La couleur orangée est un mélange de rouge (couleur de la puissance divine) et de jaune or (couleur divine, car elle les rassemble toutes).

  • Pour aller plus loin dans la prière. (Jn 2,1-12)

            Le texte de Jean nous aide à creuser le mystère qui emplit la scène. Le mariage exprime le mystère de la relation du Christ à son Eglise (voir saint Paul). Plus largement, dans l’Ecriture il symbolise l’alliance, l’union entre Dieu et son peuple (voir le prophète Osée).

            La mention du « troisième jour » qui introduit le récit nous renvoie à la résurrection, à la pâque de Jésus, signifié par les vêtements blancs des mariés, premiers bénéficiaires de celle-ci, et par la bénédiction de la coupe et du pain, signe de l’eucharistie. Au verset 13, Jean évoque d’ailleurs la pâque juive célébrée à Jérusalem.

            La mention de l’heure invite à nous tourner vers la Dernière Cène et le lavement des pieds (Jean 13, 1–5) qui annoncent le miracle de Cana.

            Le vin manquant est attendu fortement par les divers personnages de l’icône, car il est source de joie, atteste l’Ecriture. Voir le ps 4, 8 ; ou la parabole de la vigne).

            Les six jarres vides sont incapables de fournir le liquide source de joie. Elles sont encombrantes et risquent de faire tomber les disciples–spectateurs. Elles symbolisent une religion sèche, creuse, formelle. Elles sont en attente du geste de Jésus.

            Dans la lettre aux Romains 1, 16, Paul parle de la honte de l’Évangile alors que celui-ci devrait signifier la puissance de Dieu. Pour sa part, Paul dira qu’il n’a pas honte de l’Évangile qu’il en est fier.

            Cana peut nous interpeller sur notre « honte de l’Évangile » et le pape François ne cesse de nous rappeler que nous avons à être des disciples–missionnaires. C’est-à-dire à ne pas nous contenter d’entendre l’Évangile pour nous-mêmes, mais à le communiquer au monde « qui n’a plus de vin », qui est sans joie.

            Interrogeons-nous sur notre incapacité ou notre imprévoyance semblable à celle du maître de cérémonie de Cana, et remarquons le découragement, la désespérance de nos contemporains.

            La joie de l’Évangile n’est-elle pas celle dont nous parle deux petites paraboles : celle du trésor caché dans un champ, et celle de la perle de grand prix (Mt 13, 44–46).

            Dans ces deux paraboles, la joie est celle de l’homme qui a trouvé une perle ou un trésor et qui s’active follement afin de pouvoir acheter le champ et jouir du trésor ou de la perle. Quand on découvre un tel trésor, une telle perle, on n’a de cesse de le partager.

            À l’inverse, quand on ne connaît pas la joie d’avoir trouvé un trésor, on sombre dans la mesquinerie, la désolation, l’étroitesse de cœur qui replie sur soi. La joie de l’Évangile vient du Crucifié qui remplit notre vie, nous pardonne, nous révèle son amour infini et nous comble au-delà de toute mesure… comme à Cana.

  • Autres pistes pour prier.
  • Prier le psaume 4, 8 : regarder avec le Seigneur quel est le « vin » qui est source de joie pour moi. Si je vis de la tristesse, de la désolation, lui demander le vin de sa joie.

       –    Avec Rm1,16 parler au Seigneur de ma « honte de l’Évangile » : face à d’autres

              personnes, d’autres croyances

  • reprendre dans la prière l’une ou l’autre des deux petites paraboles de Matthieu 13, 44–46.
  • Méditation de P. de Clorivière. Marie à Cana.

            Tout pouvoir a été donné à Marie comme médiatrice, pour nous défendre, pour nous obtenir toutes sortes de grâces, pour nous faire parvenir au séjour bienheureux. Elle est toute-puissante pour nous défendre de nos ennemis, des démons ; elle écrase leur tête orgueilleuse. Elle seule a plus de pouvoir contre eux que toutes les légions célestes. Elle a été donnée comme aide au second Adam, contre le monde qu’elle a vaincu, contre nous-mêmes, pour nous délivrer de nos penchants.

            Elle est toute-puissante envers Dieu, pour en obtenir toutes les grâces, le pardon de nos péchés, la miséricorde, la grâce, la lumière, la force, etc., pour nous conduire au ciel.

            Que désire cette tendre Mère sinon de nous avoir à ses côtés, à l’abri de tout danger, participants de son bonheur ? […]

            Nous devons avoir recours à Marie, si nous désirons que son Fils nous regarde d’un œil favorable et qu’il soit propice à nos demandes. C’est par Marie que Dieu s’est abaissé jusqu’au néant de l’homme. C’est aussi par Marie, que l’homme peut s’élever jusqu’à Dieu et retourner à lui. C’est par ses mains que nous devons lui présenter nos demandes, pour en assurer le succès. […]

            C’est dans le cœur de Marie que le divin Roi se plaît à accueillir favorablement nos demandes. Il ne peut rien refuser aux désirs et aux prières de sa sainte Mère. Ayons donc soin de l’intéresser en notre faveur. « En tout temps », nous dit un de ses plus illustres serviteurs, saint Bernard, « offrez à Dieu vos requêtes vos requêtes par les mains très pures de Marie si vous ne voulez pas éprouver de tristes rebuts ». […]

            Elle connaît en Dieu tous nos besoins, elle entend nos cris. La multitude de nos supplications ne la trouble pas, la grandeur de ses bienfaits ne l’épuise pas.

            À chaque heure et en tout lieu à la fois, elle opère des prodiges de miséricorde ; elle console des affligés, vient au secours de ceux qui périssent, les délivre des dangers et chasse la mort au moment où elle s’apprêtait à fondre sur sa proie. […]

            À l’exemple de son divin Fils, la Vierge a tourné constamment vers le salut des hommes toutes ses pensées, tous ses désirs, toutes les affections de son âme. Cette vue a dirigé tous ses pas, régler tous ses mouvements, tous ses travaux, toutes ses paroles, a été la cause de ses joies et de ses douleurs.

            Marie nous apprend à connaître nos besoins et à désirer les véritables biens, avec cette ardeur avec laquelle un homme pressé par la faim désire ce qui peut la soulager. […]

            Les biens, au contraire, que nous promet Marie, son cette « eau » que donne le Sauveur du monde, cette eau qui désaltère pleinement et qui devient elle-même en nous une source inépuisable « qui rejaillit jusqu’à la vie éternelle ». […]

            Que pourrions-nous dire d’assez grand pour expliquer ce que Marie nous fait entendre de l’abondance avec laquelle des biens si précieux nous sont accordés ? Elle comprenait, et bien plus parfaitement qu’aucune créature, cette vérité que le grand Apôtre nous a déclarée, que Dieu, en nous donnant son Fils, nous avait ouvert tous ses trésors et qu’il était maintenant en notre pouvoir d’y puiser tous les biens que nous pouvions désirer.

            Quelque grand que soit le pouvoir que l’Eglise reconnaît en Marie, ce n’est qu’un pouvoir de médiation, un pouvoir dépendant et subordonné. Elle ne la regarde pas comme la source des grâces, mais comme un canal par où le Seigneur se plaît à répandre sur nous cette grâce. Elle sait d’un côté combien Marie est agréable et chère au Seigneur, et d’un autre côté, combien ses enfants sont indignes de s’adresser à lui. Cette connaissance fait qu’elle les engage à recourir, dans leurs besoins, à la puissante médiation de Marie.

            On doit le faire avec respect et confiance, avec un vif sentiment de nos misères et de nos besoins. C’est la délivrance du péché qu’il nous faut principalement demander par l’intercession de la très Sainte Vierge, le pardon des péchés passés, la douleur pour ceux que nous commettons et la grâce d’éviter ceux où nous courons le risque de tomber. Les autres demandes ne sont pas interdites, mais celle-ci doit les précéder, elle doit toujours avoir sa place, et sans elle les autres ne seraient pas assez agréables à la Mère du Sauveur, qui désire avant toute chose la gloire de son Fils et le bonheur éternel des hommes qu’il a rachetés par son sang.

            Quand nous agirons de la sorte, notre dévotion ne sera pas sujette à l’illusion, et tout ce que nous demanderons par l’intercession de sa puissante protectrice, nous l’obtiendrons, parce que nos prières seront alors bien réglées et tout à fait conforme à ses désirs. Nous en sentirons les effets…

            Il n’y a pas de moment où Marie ne puisse et ne veuille nous secourir par ses prières, il n’y en a pas où nous n’ayons besoin de son secours, ou nous n’en puissions les plus grands avantages.

            Réfléchissant sérieusement de quels biens et de quels maux ce moment présent ne peut-il pas être la source. Dans ce moment je puis sortir de l’état malheureux du péché, si j’ai le malheur de m’y voir plongé ; je peux réparer mes fautes passées, je peux avancer dans la faveur de mon Dieu, je peux augmenter mes mérites, gagner un nouveau degré de gloire, glorifier Dieu, contribuer au salut du prochain. Mais aussi dans ce moment présent je peux perdre le fruit de toutes mes pénitences et de bonnes œuvres, je peux me séparer de Jésus-Christ et m’en séparer pour toujours. Tout ce qui m’environne me tend des pièges, je peux abuser des choses les plus saintes, le bien que je fais peux m’enorgueillir, souvent l’intention le corrompt. […] Quels motifs pour moi d’implorer à chaque instant la protection de Marie et de le faire avec toute la ferveur dont je suis capable !

            Que le désir de participer aux faveurs de Marie rallume notre ferveur lorsque nous adressons la salutation angélique à Marie ! Si nous le faisons avec les dispositions qui sont marquées, elle ne peut manquer de nous obtenir cette grâce. Marie pourrait-elle abandonner dans leur détresse ceux qui l’auraient souvent invoquée avec ferveur ? Si nous pouvions le craindre, nous connaîtrions encore bien peu la bonté de son cœur maternel.

            Une tendre et véritable dévotion pour la Mère de Dieu est un des plus grands dons que nous recevions de son Fils. C’est le privilège de celles des âmes qui lui sont les plus chères. Il n’y a pas de moyen plus prompt et plus assuré pour obtenir la faveur du Fils que de s’adresser à la Mère.

            « Il est impossible, dit saint Bernard, ainsi que plusieurs autres saints docteurs, que l’on s’égare pour toujours de la voie du salut lorsqu’on a pour Marie une vraie et constante dévotion ».

            Que ces réflexions raniment notre zèle. Redoublant nos efforts pour étendre partout une dévotion si salutaire. C’est surtout à l’heure de la mort qu’on en recueille les fruits, dans ce moment terrible où l’on se voit placé pour ainsi dire entre une éternité de bonheur et une éternité de malheur. Quelle consolation pour une âme d’avoir mérité par une dévotion solide et constante, la protection spéciale de celle qui est appelée à juste titre la « Porte du ciel » !

                                               Voilà votre mère. Extraits des œuvres du Père de Clorivière chap 19. Marie médiatrice. pp 129–136

  • Nos références.

LV 14 : connaître les forces qui travaillent le monde

PCJ 21 : accueillir les richesses des autres

     28: une mission apportée comme un feu

      29 : ouvrir des chemins de vie

      32 : le dialogue religieux dynamise notre audace pour la mission

      83 : à l’écoute des autres cultures

      22 : connaître les forces de toute nature qui travaillent le monde.

ISF 24 : dire la bonne nouvelle

       27 : une mission apportée comme un feu

       28 : le dialogue interreligieux

       84. 2 : le célibat comment réponse joyeuse à l’appel de Dieu

       83 : la joie de la rencontrer de l’entraide

      29 : ouvrir pour le monde des chemins de vie

SVE 16 : ne rien désirer d’autre que de converser avec les hommes

        22. Oser proposer des signes, des repères, des manières de vivre

        21 vivre la mission avec joie

        15 : l’exemple de Jésus qui rencontre les hommes de son temps et de sa culture

        18 : découvrir les signes de l’Esprit dans le monde

  • Pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour un approfondissement personnel. 
  • voir dans le n°2
  • que m’inspire les références de la FCU qui me concerne ?

Le texte peut être téléchargé ici

mai 17, 2020

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