Deuxième jour

La Visitation

  1. En regardant l’icône.

Où se passe la scène ?

            L’arrière- plan doré est lumineux. La scène est tout enveloppée par la présence divine. Derrière les deux femmes, on observe la maison de Marie dont porte et fenêtre sont béantes.

            On remarque la maison d’Élisabeth, garnie d’une tenture rouge symbole de l’amour de Zacharie et d’Élisabeth ou encore du Temple de Jérusalem où Zacharie officie. Dans l’embrasure de la fenêtre, un couple de colombes dans un nid suggère la fécondité du couple âgé.

            Les deux bâtiments sont reliés par un voile rouge, couleur divine qui manifeste la puissance et l’amour de Dieu ; ou encore si l’on identifie parmi ces bâtiments le Temple, on peut comprendre ce voile comme signe de l’alliance de Dieu avec les hommes.

            La maison de Dieu (à droite) est unie à la maison des hommes (à gauche) ou – autre interprétation – les maisons de chacune des deux femmes sont unies par l’intervention divine.

Les deux femmes :

Élisabeth. Elle est vêtue d’une robe verte, signifiant qu’elle est un être humain ; mais elle est couverte d’un voile et d’un manteau rouge suggérant l’amour et la puissance divine. Elle est chaussée de rouge car elle est entrée dans les vues de Dieu dont la puissance s’est manifestée par la naissance miraculeuse de Jean-Baptiste.

            L’inscription grecque au-dessus de sa tête l’identifie comme sainte : « agia Élisabeth ».

Marie. Elle est vêtue d’une robe bleue qui exprime son humanité, mais elle est couverte elle aussi de rouge, car l’amour et la puissance divine se sont emparés d’elle et la protège.

            Pour les mêmes raisons que sa cousine, elle est chaussée de rouge.

            Le front de Marie est marqué par une étoile : elle porte la lumière divine.

            L’inscription grecque l’identifie par quatre initiales comme étant la Mère du Fils de Dieu.

            Les deux femmes sont bien implantées sur la terre, symbolisée par un carré brun.

            Au-dessus des deux femmes, l’Esprit Saint les a envahies de ses rayons.

            L’icône est baptisée « la visitation » et de chaque côté, les paroles essentielles des deux femmes répondent aux appels de Dieu : « mon âme exalte le Seigneur »–« heureuse celle qui a cru ».

  • Pour poursuivre la prière (Luc 2, 39–56).

            Comme les relations des deux femmes, les nôtres sont à la fois humaines et divines.

Divines, parce qu’elles nous mettent en relation avec le Dieu trine (mystère des relations en Dieu) avec le Christ Jésus attendu (comme nous le signifions dans la liturgie des heures, la célébration de l’eucharistie, la méditation personnelle, la lecture spirituelle) et avec l’Esprit Saint qui nous est donné.

            Nos relations sont également humaines : vécues en présence de Dieu, elles privilégient les rapports entre les personnes, et dans les groupes.

            Dans notre prière nous pouvons parler au Seigneur des saouls de ses doubles relations :

  • Je perçois le lien entre mes relations humaines et mon aventure spirituelle.
  • Je regarde comment mes relations humaines influent sur ma vocation de baptisé, de consacré, de prêtre.

            Le titre de l’icône « la visitation » prend toute sa signification, non pas dans la rencontre des deux femmes (Luc 1,39–56), mais en Luc 1,68. 78 quand Zacharie loue Dieu « qui a visité son peuple ».

            Dans la Bible, c’est toujours Dieu qui visite, depuis Abraham (Gn 12, 1–5) en passant par Jésus a Naim (Lc 7, 16) ou encore à Jérusalem qui n’a pas reconnu sa visite (Lc 19, 44).

            En priant avec Marie, nous pouvons lui demander pourquoi « elle est partie en hâte ». Saint Ambroise commente son attitude en disant : « la grâce de l’Esprit Saint ne supporte pas les lenteurs ». Elle est mue par l’Esprit Saint ; et moi ?

            N’hésitons pas à imaginer les intentions de Marie : si elle agit poussée par l’Esprit Saint, elle désire une confirmation de son propre mystère d’enfantement. Le secret confié par l’ange est lourd à porter et à confier à une autre personne : il lui faut rencontrer quelqu’un comme sa cousine qui éprouve les mêmes choses qu’elle. En effet, Élisabeth, elle aussi, a eu du mal à accepter sa maternité (Lc 1, 24).

            En priant avec Élisabeth, voyons comment elle accueille Marie par trois réactions : elle écoute la salutation ; l’enfant tressaille en elle ; elle est comblée par l’Esprit. Cela lui permet de comprendre ce qu’elle vit : l’Esprit Saint la fait exploser en bénédiction. Elle perçoit tout le mystère du salut qui se manifeste en elle et surtout en Marie.

            C’est là que se fonde en profondeur la dévotion envers Marie.

            La rencontre des deux femmes est le modèle d’une relation qui construit et qui console.

            Le récit de Luc nous fait percevoir que toute relation missionnaire constructive comme les la relations de Marie qui va vers sa cousine, est recherche de la volonté de Dieu.

            Toute relation animée par une volonté de la confier à Dieu, devient profondément affectueuse comme celle de Marie et d’Élisabeth.

            Ce qui fonde en profondeur nos relations authentiques, c’est le primat accordé à Dieu. Nous pouvons reprendre à ce sujet 2 Co 4, 7–14.

  • Nous pouvons aussi prier en relisant notre vie :
  • de quelles visites du Seigneur ai-je bénéficiés dans ma vie personnelle, de baptisé, de consacré, de prêtre ?
  • Je peux relire mes relations humaines dans la prière à la lumière de la rencontre de Marie et d’Élisabeth.
  • Est-ce que je me laisse visiter par Dieu qui vient me sauver par ses moyens que sont les petits, les pauvres, les humbles ?
  • Comment est-ce que je porte Dieu et le communique pour la joie de tous ?
  • Méditation avec P. de Clorivière

            La parole du Christ : « celui qui s’humilie sera exalté », s’est accomplie en Marie, Marie s’est humiliée au-dessous de toutes les créatures, et ainsi elle a mérité d’être exaltée au-dessus de toutes les créatures.

            « Magnificat anima mea Dominum » l’état sublime auquel elle se voit élevée comme Mère de son Dieu, comme Reine de tous les êtres créés, le choix spécial du Seigneur, qui l’a si glorieusement distinguée de tous les enfants d’Adam et qui l’a prévenue des faveurs les plus signalées et les plus insignes, tant de dons naturels et surnaturels dont elle est ornée, ses vertus mêmes soit infuses, soit acquises, tout fournit à son humilité les motifs les plus puissants de s’abaisser de plus en plus.

            Marie regarde ces faveurs comme autant de dettes qu’elle a contractées envers la bonté divine, et aucune intelligence créée ne sut jamais apprécier, aussi parfaitement qu’elle le faisait, la grandeur de ses faveurs, comme personne ne connut mieux le néant de la créature. Elle se regarde comme étant de son fonds incapable d’aucun retour et par- là même plus obligée que tous les autres êtres créés de s’anéantir devant la majesté divine.

            L’auguste Vierge avait consacré tous les moments de sa vie à la pratique de la plus sublime humilité. Il fallait que cette vertu fût bien parfaite en elle pour répondre à son élévation et pour la disposer à la maternité divine. Elle éclata surtout d’une manière bien merveilleuse lorsque l’ange ayant annoncé à Marie que le Seigneur l’avait choisie pour sa mère, elle ne voulut prendre que la qualité de « servante » et se regarda comme la moindre de ses esclaves, elle que ce choix élevait si fort au-dessus de toutes les créatures. […]

            « Celui qui est tout-puissant m’a fait de grandes choses ». Parmi ces choses qui regardaient Marie, il y en avait sans doute auxquelles elle n’avait et ne pouvait avoir aucune part. C’était de pure faveur de la libéralité de son Dieu, les effets de son amour et d’une prévenance toute gratuite, antécédente a tout ce qu’elle aurait pu faire pour la mériter, et que même il lui était impossible de mériter […]. Mais son humilité lui fait compter pour rien ce qu’il y a d’elle dans toutes ces choses. Elle se regarde comme un peu d’argile que le souverain potier a daigné prendre en ses mains, qu’il a pétri, qu’il a façonné et à laquelle il a donné telle forme qu’il a voulue. […]

            Marie, au milieu des caresses ineffaçables qu’elle reçoit de son Fils et de son Dieu, est d’autant plus humble qu’elle est plus exaltée. Elle répond avec l’Epouse au Bien-aimé de son cœur, que c’est lui-même dont on doit publier les beautés et lors même qu’elle entend de sa bouche la description qu’il fait de ses charmes, elle n’y voit que des avantages dont il est lui-même la source, des biens qui ne sont comparables qu’à ce qu’il possède lui-même, des bienfaits qui demandent d’elle la plus vive reconnaissance. […]

            Elle remonte au principe dont elle tient tout ce qu’elle reconnaît y avoir de bon en elle ; elle se plaît à publier hautement qu’elle doit tout au regard divin dont le Seigneur l’a favorisée dans sa miséricorde. C’est ce regard qu’il a prévenu, qui apportait la lumière dans son entendement, et le feu du divin amour dans son dans sa volonté, c’est ce regard qui la remplit de force pour exécuter tout ce qu’elle a fait à la gloire de Dieu. C’est donc à ce regard qu’elle doit attribuer tous les biens qu’elle possède, tous les privilèges dont elle jouit, et cette joie pure dont elle est inondée. […]

                        Notre humilité consiste non à nous dépouiller de nos grandeurs, mais à ne pas nous approprier ce qui ne nous appartient pas, ce qu’il faut faire non en spéculation, mais en pratique.

            N’affectons pas des vertus que nous n’avons pas, ne désirons pas de paraître aux hommes autres que nous sommes devant Dieu. Convenons de notre néant, misère, aveuglement.

            Consentons à être traités en conséquence.

            Acceptons le mépris comme un bien qui nous est dû.

            Prenons, autant qu’il est en nous, la dernière place.

            Autant d’humilité de Marie est prodigieuse, autant seraient prodigieux en nous des sentiments, des actions qui tendraient à nous élever.

             Fruit de l’humilité : la véritable gloire.

            Puissions- nous dire comme elle : « Voici la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Ce Fiat exprime tout : l’humilité la plus profonde, la conformité la plus parfaite, l’amour le plus pur! Il faudrait entrer bien avant dans le cœur de Marie pour nous former quelque idée des sentiments dont elle était alors remplie.

            Prions-la de nous en communiquer quelque parcelle, selon notre faible capacité. Ne doutons ni de son pouvoir, ni de sa bonté, et, pour nous suppléer à ce qui nous manque, ayons soin d’offrir souvent à son divin Fils son cœur maternel tout brûlant du plus pur amour.

                                                                      Voilà votre mère. Extraits des œuvres du Père de Clorivière, pp 81–86

  • Nos références.

PC J 12 : être pasteur selon son cœur

17 : signifier l’amour de Dieu aux hommes

73 : disponible aux autres

ISF 19 : solidaire du monde

20 : témoins de la tendresse de Dieu

22 : attention aux autres

29 : créer un tissu solidarité

SVE 29 : l’amour de Jésus nous ouvre au monde

41 : désire et attente de Dieu

47 : disponibilité

  • Questions pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour approfondir ma vie spirituelle.
  • Quel rapport y a-t-il entre mes relations avec Dieu et celles avec les hommes ?
  • Comment ma vie de consacré, de baptisé, de prêtre m’aide à vivre mes relations humaines et divines ?
  • Lorsque je reçois ou rends visite à quelqu’un, est-ce que je mesure les enjeux spirituels de la rencontre ? Quelle présence de Dieu y vos-je ? Ou que perçoit mon interlocuteur ?
  • Comment Dieu me visitait il ? Comment est-ce que je l’accueil ?
  • Qu’est-ce qui me pousse à visiter telle ou telle personne ?
  • Quelle est la qualité de mon accueil ?

Vous pouvez télécharger le texte ici

mai 17, 2020

  • bonsoir Jean,
    merci pour ce travail qui t’a bien mobilisé.
    Ne faudrait-il pas ajouter “un mode d’emploi”, car les jours apparaissent en ordre dispersé, ainsi que les directives et indiquer comment accéder aux icones?
    Michel

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