La Prière… par où commencer

La prière est l’activité intérieure de rencontre d’un Autre : Quand tu veux prier, retire-toi dans le secret, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret et il te le revaudra. (Mt 5, 6). Son objectif est différent des diverses formes de méditation qui font florès, telle celle de pleine conscience qui consiste à être présent à soi-même, à l’instant présent, ici et maintenant. La méditation relie au présent, la prière relie à Dieu, plus précisément à la Trinité, Père, Fils et Esprit Saint.

Ces deux activités de l’intériorité ne sont pas à opposer, car nous sommes souvent hors de nous-mêmes, ployant peut-être sous des soucis, absents à nous-mêmes. Nous ressemblons à cette terre couverte d’épines qui reçoit la semence (Luc 8, 7), incapable de porter du fruit. Or ces épines, dit Jésus dans la parabole, ce sont les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie qui étouffent la semence qui, dès lors, n’arrive pas à maturité (Luc 8,14).

La prière est une activité de la vie intérieure (et non extérieure) : elle demande un travail de mise en présence à soi, au réel. Il s’agit de laisser place au Seigneur, dans l’intériorité. La méditation de pleine conscience peut certes nous y conduire. Elle nous y dispose à certains moments, comme lors de joies profondes, quand l’âme est abandonnée ou, au contraire, lors de moments de deuil, quand l’âme se tourne vers l’au-delà, en quête d’une aide. Mais la plupart du temps, nous n’y sommes pas disposés.

C’est un réel effort de se mettre en prière tous les matins, de se recueillir, d’attendre la venue du Seigneur en nous. Pourquoi le faire, si c’est aride ? Parce que nous l’avons décidé, à un moment donné (il y a peut-être longtemps) et que la profondeur de cette relation avec le Seigneur est lente à advenir. Nous vivons cette situation intérieure que saint Augustin décrit dans Les Confessions : « Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas » (Confessions, livre 10 chapitre 27).

Celui qui prie doit retenir deux données de la foi chrétienne : d’une part, le Seigneur est en lui, au plus profond de lui (la « pièce la plus intérieure du château », selon sainte Thérèse d’Avila), alors que le priant, lui, est loin d’y être. Peut-être est-il dans les douves ou à l’entrée de l’édifice ! D’autre part, il lui faut « attendre le Seigneur » : c’est à lui de venir. Le priant, lui, invoque sans cesse, sa venue : Maranatha, viens Seigneur Jésus, comme le dit le dernier mot du livre de l’Apocalypse. Il doit laisser Dieu être Dieu en lui, comme le dit Maître Eckhart, un maître spirituel du Nord de l’Europe (XIVème siècle). Cela demande beaucoup d’humilité, vertu première de la prière.

Le psaume 130, souvent repris dans la liturgie, exprime cette disposition intérieure à vivre chaque matin : Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

Attendre quoi ? Que le Seigneur vienne et se révèle ! Comment ? Par le silence qui lui laisse place, et par l’écoute de la parole biblique qui éclaire, interpelle, soutient, encourage, appelle à une mission. J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? (ps. 84).

Cette pratique de la prière requiert de la patience, une fois prise la décision d’y entrer et d’y durer un certain temps. Tel est l’acte inaugural de la prière, un acte premier qui creuse en nous la fidélité au Seigneur, qui est un autre nom de la Foi.

P. Jean-Michel Moysan (PCJ)

Pour progresser dans la prière

Comment je vis l’entrée dans la prière ? Quels moyens je prends ?

Est-ce que « j’attends le Seigneur » et le croit présent au fond de moi-même ?

« Le Seigneur en nous » et « Le Seigneur qui vient » :  Comment je vis la patience et la durée dans la prière ?
Article à retrouver dans Cor Unum, N° 1,2018,pp 18 ss

 

mars 29, 2019

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