Quatrième jour

La Présentation au Temple

  1. Prier en contemplant l’icône

            Notre regard est d’abord attiré par Siméon qui, tout en nous regardant, nous présente l’enfant Jésus qu’il tient dans les bras.

            Il est vêtu de bleu, couleur traditionnelle pour évoquer l’humanité. Mais celle-ci est en quelque sorte transfigurée par son manteau translucide et ombré. La rencontre de l’enfant le transfigure entièrement. Il passe de la terre des hommes où se trouve Marie et Joseph au monde de la résurrection qu’évoque la couleur blanche et le plan surélevé où il se trouve en compagnie de la vieille Anne. Les deux vieillards sont déjà comme aspirés dans le monde des ressuscités que vient leur ouvrir l’enfant.

            Penché sur lui, Siméon voit le salut qui s’est approché de l’humanité. La blancheur de ses cheveux et de sa barbe signifie qu’il est déjà en partie dans ce monde nouveau.

            L’enfant Jésus, vêtu de blanc, occupe une place centrale dans la scène. Il est déjà le ressuscité qui veut entraîner par ses deux bras tendus les êtres humains qui l’entourent. Et ses bras ouverts nous invitent à le rejoindre grâce au salut qu’il nous apporte.

            Marie occupe la deuxième place centrale. Le bleu de sa robe nous renvoie à la tunique de Siméon : elle est image de l’humanité qui accueille le salut. Ses mains ouvertes suggèrent un geste d’offrande de son enfant qui vient nous sauver ou un geste d’accueil du salut que l’enfant apporte. Son manteau et son voile sont rouges et expriment la puissance de l’amour divin à l’œuvre en elle. Elle est revêtue de la divinité que son fils apporte à l’humanité. Ses chaussures sont également rouges : de la tête aux pieds, elle est déjà sauvée bien avant que la résurrection née eue lieu : n’est-elle pas l’Immaculée Conception ?

            Derrière elle, Joseph apparaît discrètement, un peu en retrait : n’est-il pas le silencieux qu’évoque l’Évangile ? Il porte les couleurs indiquant sa pleine humanité. Il est le « juste » qui vient offrir les tourterelles prescrites par la Loi pour les parents pauvres ; Loi que son fils mènera à la perfection.

            À l’opposé, derrière Siméon, se tient Anne. Son voile bleu rappelle son humanité, tandis que le violet de sa robe suggère son veuvage, mais aussi la Sagesse qui l’habite. Le parchemin qu’elle a déroulé l’associe à la prière de Siméon. Ses discrètes chaussures rouges montrent qu’elle est imprégnée de la puissance amoureuse de Dieu. Comme Siméon elle est sur un plan surélevé : elle est en route vers le ciel.

            La scène se déroule sur un arrière-fond de temple. Le voile qui le recouvre suggère la puissance du Dieu qui visite son peuple, ainsi que le sang versé pour accomplir la nouvelle alliance. La draperie s’étend aux habitations des hommes à partir du temple en bleu, « fait de main d’hommes ».

            Au centre, le baldaquin du trône du grand- prêtre dont on aperçoit les marches en rouge. L’enfant divin l’occupera bientôt : n’est-il pas le grand- prêtre par excellence ? (Lettre aux Hébreux).

            L’inscription biblique au bas de l’icône souligne le contraste entre la petitesse de l’enfant et la grandeur du cadre vétéro- testamentaire du temple de Jérusalem à l’arrière-plan.

            La scène qui se déroule au temple et comme un instantané : c’est « maintenant » comme le dit Siméon dans sa prière que le salut vient à nous. Il se manifeste aujourd’hui alors que nous connaissons peut-être les infirmités des deux vieillards accueillant l’enfant, les difficultés pour prier, pour entrer dans la retraite…. Toute vraie prière s’enracine dans le présent.

            Deux générations, celle de Marie et de Joseph et celle des deux vieillards, se rencontrent et se transmettent le flambeau de la foi. Le vieux Siméon se réjouit de la continuité qui se manifeste entre les hommes. C’est l’enfant Jésus qui unit les deux générations.

            La scène traduit une expérience profondément humaine. Un homme âgé se réjouit de voir son œuvre (sa foi) se poursuivre malgré son déclin personnel. Du neuf surgit, parfois difficile à accueillir pour les aînés.

            Siméon nous représente avec nos difficultés face à la nouveauté toujours actuelle de Dieu, nouveauté suggérée par l’enfant. Serons-nous capables de lui prendre la main qu’il nous tend ?

            Demandons la grâce d’accueillir sans crainte le Seigneur qui vient renouveler nos vies. Une grâce pour accueillir et nous laisser former par tous ce qui est nouveaux aujourd’hui.

  • Pour aller plus loin dans la prière (Lc 2,22-40)

            La prière de Siméon (Luc 2, 25–35) reprend les mots–clés du plan de salut de Dieu : paix, parole de Dieu, salut, lumière, gloire, Israël et les peuples. Nous retrouvons souvent ces mots dans l’Ecriture. Nous pouvons reprendre chacun de ces thèmes et les prier en nous demandant ce qu’ils signifient pour nous, pour le monde, pour l’Eglise.

            Une autre piste serait le discours de Pierre dans la maison de Corneille (Actes 10, 34–36). Le salut vient de la parole de Dieu qui est source de paix. C’est le mystère que nous sommes invités à vivre au cours de cette retraite. L’expérience que nous y faisons de la rencontre de Dieu doit être lumière pour nous et pour le monde qui nous entoure.

            Le schéma de la prière de Siméon peut inspirer la nôtre. Nous en remettre à Dieu « qui nous laisse aller » parce que nous avons perçu au travers des vicissitudes de notre vie, salut préparé pour tous les peuples. Demandons la grâce que s’ouvre notre cœur à l’enfant.

            Interrogeons-nous. Attendons-nous le salut ? La lumière de Dieu ? Sa gloire ? Demandons la grâce de voir nos yeux s’ouvrir comme ceux de Siméon. Un salut qui se manifeste dans notre expérience humaine, d’Eglise, dans les sacrements, la prière, le partage avec tes frères.

            Ouvrir nos yeux pour dépasser nos habitudes, nos jugements méfiants, notre indifférence aux autres, aux situations extérieures du monde. En un mot, à la nouveauté de Dieu.

Ainsi notre prière deviendra contemplation.

  • Méditation avec P. de Clorivière. Présentation au Temple.

            Marie, en subissant la loi de la purification, en offrant Jésus-Christ à son Père, en le achetant pour les hommes, pratiquait les plus hautes vertus dont le degré le plus parfait et surtout celles de l’obéissance et de l’humilité. Elle faisait à Dieu l’offrande la plus agréable à ses yeux et exerçait envers les hommes l’acte de la plus grande charité.

            Quelle est sa récompense ? Abraham, après l’offrande de son fils, reçoit les promesses les plus magnifiques. On ne promet à Marie que des douleurs. Qui peut cependant douter de l’amour de Jésus-Christ pour sa Mère ? Mais dans ses trésors il n’y a rien de meilleur pour nous que la souffrance tandis que nous sommes sur la terre.

            Marie souscrit par un humble silence à l’arrêt prononcé sur elle et sur son Fils… Elle adore la main qui la frappe, elle reçoit la croix comme la plus insigne faveur, elle n’a pas d’autres sentiments que ceux de Jésus. Son cœur est tout embrasé d’amour. Voilà notre modèle.

            L’effet de la prédiction de Siméon durera toute sa vie, sa douleur se renouvellera à chaque instant. Elle renouvellera les mêmes actes avec un accroissement de ferveur et d’amour….

            Ayons de la constance dans la souffrance, elle sera suivie d’une éternité de joie.

            Quelles souffrances lui sont prédites ?

            a) « cet enfant est pour nous la ruine et la résurrection de beaucoup de personnes en Israël ».

            Que désirait Marie ? Que l’offrande qu’elle faisait de son divin fils servi au salut de tous les hommes. Des vœux si saints ne seront pas remplis. Le plus grand nombre des hommes périront par leur faute. Ce que Dieu fait pour eux tournera à leur condamnation. Quelle douleur pour le cœur de Marie !

            Souffrons avec patience ; si nos œuvres n’ont pas le succès que nous espérons, ne les omettons pas pour cela.

            b) « Il sera en butte à toutes sortes de contradictions »

            La sainte Vierge voit d’avance la dureté des hommes, la manière dont son Fils sera traité par eux dans le cours de ses prédications. Qu’il serait bien plus doux pour elle que les contradictions tombassent sur elle toute seule ! Que ne fait- elle pas pour réparer l’ingratitude des hommes ? Elle se propose de suppléer à leur froideur par l’ardeur de son amour…

            Que les enfants de Marie imitent leur Mère. Que l’oubli de Dieu si universel parmi les hommes, excite en elle un redoublement de ferveur et d’amour !

            c) « votre cœur sera percé de part en part par un glaive de douleur ».

            Tout ce que doit souffrir son Fils, ses opprobres, sa mort ignominieuse et cruelle, tout ce que Marie doit elle-même souffrir, tout est à la fois présenté à la Mère douloureuse du Sauveur du monde. C’est le « bouquet de myrrhe » que cette divine épouse portera toujours sur son sein. C’est son partage, elle l’a choisi, il ne lui sera pas ôté.

            Contemplons l’abîme de ses souffrances. Que souffrons-nous en comparaison ? Pourrions-nous nous plaindre ? Pourrions-nous désirer les consolations et les joies ? Pourrions-nous chercher à nous décharger du fardeau ? Laissons à Dieu le soin de nous consoler. Il le fera sans doute dans des temps convenables.

            d) « afin que ce qu’il y a de caché dans le cœur de plusieurs soit manifesté ».

            Voilà l’effet que produisent les persécutions et les souffrances. Les méchants, les faibles, ceux qui aiment le repos et les joies de la vie présente, se déclarent alors pour le monde et fuient la croix. Les bons, les âmes fortes se déclarent alors pour Jésus-Christ et pour sa croix. Jetons les yeux sur Jésus-Christ et sur son Eglise ; voyant ce qui se passe sous nos yeux ; regardons notre société et nous ne douterons pas de cette vérité….

            Pourrions-nous balancer sur le parti que nous avons à prendre ? Mourir mille fois plutôt que de nous séparer de Jésus et de Marie. Prier, veiller, nous préparer à souffrir….

Demandons en la grâce à Dieu, par l’intercession de Marie.

            À la présentation au Temple, elle offre son Fils au Père céleste. Une victime d’un prix infini devait d’abord être offerte par des mains aussi pures que celles de Marie… Elle sait bien qu’elle l’offre aux tourments et à la croix. Elle l’offre pour nous, elle rachète pour nous. Elle ne le considère plus comme un tendre agneau qui doit être immolé pour le salut du monde….

            Elle souscrit à l’arrêt prononcé sur son Fils et sur elle par la bouche du vieillard Siméon. Elle en sent d’avance toute la rigueur. C’est un glaive à deux tranchants dont son âme est déjà toute transpercée. C’est ainsi que Dieu traite son Fils bien-aimé et la Mère de son Fils. Telle est la récompense de leur profonde obéissance.

                                                                                         Voilà votre mère. Extraits des œuvres du Père de Clorivière pp 111–115

  • Nos références.

PCJ 7 : découvrir le cœur du Christ qui révèle la tendresse de Dieu

       12 : devenir des pasteurs selon son cœur

        15 : être saisi par le Christ pour en témoigner dans notre ministère, dans notre vie

               quotidienne, dans nos occupations

         17 : notre fidélité au cœur… nous impose d’attester le don d’amour de Dieu

ISF 9 : la révélation du cœur du Christ est le sommet de l’œuvre divine

         14 : attester le don d’amour de Dieu aux hommes

         17 : laisser saisir chaque jour notre être profond par le Christ

SVE 5 : le Christ nous révèle l’amour infini du Père

        6 : nous laisser habiter par le Christ

        11: un cœur à cœur avec Jésus

        29 : nous laisser conduire par l’Esprit Saint

  • Pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour un approfondissement personnel.
  • Quel est mon désir de mieux connaître le Seigneur, sa Mère ?
  • Suis-je attentif au présent comme Marie pouvait l’être ?
  • Comment j’accueille la nouveauté ? Comme Marie ?
  • Quelle est mon attente d’un salut ?
  • Est-ce que je partage avec d’autres mon expérience de Dieu ?

Le texte peut être téléchargé ici

mai 17, 2020

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