1. Rencontrer Jésus dans sa Parole

 

 

 

 

 

Prier, c’est se disposer à rencontrer le Seigneur. Les maîtres spirituels soulignent que l’avancement dans la vie chrétienne demande de mobiliser un temps long, durant la journée, pour cette rencontre intime. C’est le temps de l’oraison.

On peut certes prier en conduisant, en faisant sa vaisselle. Une nécessité intérieure se fait pourtant sentir de prendre un temps précis pour Dieu. Un temps préparé dans son contenu, du début à sa fin, vécu dans une attitude d’ouverture intérieure et bien cadré dans l’horaire journalier. C’est une ascèse d’être fidèle à ce temps-là, surtout quand notre vie est bousculée. Beaucoup se souviennent de la parution, en 1974, du livre d’André Sève, 30 minutes pour Dieu (Le Centurion), succès d’édition religieuse qui révélait l’aspiration à la prière longue qui se faisait jour.

Combien de temps prendre pour faire oraison ? Entre une demi-heure et une heure, disent beaucoup d’auteurs spirituels. Qu’y faire ? D’abord se mettre en présence de Dieu. Faire silence, apprendre à être présent.  Iles, faites silence devant moi et que les peuples renouvellent leur vigueur. Qu’ils s’avancent et qu’ils parlent ! (Isaïe 41, 1) dit le Seigneur au peuple après l’exil à Babylone. Les phases douloureuses de la vie – comme au temps de l’Exil – peuvent nous renfermer, nous couper de la relation à Dieu. Tenons-nous en silence devant l’Eternel, pour être avec Lui. Notre temps d’oraison est tout entier habité par notre lien au Seigneur, par l’alliance qu’il noue avec son peuple. Ce temps devient notre demeure, le lieu que nous habitons.

Le priant n’est pas seul dans cet acte, même s’il est dans le silence. Il retrouve Quelqu’un dans l’invisible, tout comme Abraham, Moïse, Elie – et Jésus lui-même – retrouvaient Dieu dans le silence de la montagne ou du désert. Là, le Seigneur souhaite parler au cœur : Et bien, je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. (Osée 2, 16)

Faire silence est le premier acte. Ecouter la Parole est le deuxième. Car la révélation de Dieu se dévoile par Sa parole et pas uniquement dans le silence. La rencontre de Dieu demande le silence, mais le silence ne mène pas forcément à Dieu et il doit se faire écoute : Ecoute, Israël, le Seigneur est l’unique, tu aimeras le Seigneur ton Dieu (Dt 6, 4) ; ou encore, comme le dit le prophète Isaïe : Prêtez l’oreille, venez à moi et vous vivrez (Is 55, 3). C’est donc l’oreille intérieure qui doit être mobilisée, dans une lecture de l’Écriture, parfois sèche et peu attrayante au premier abord.

Cette écoute de la Parole ne doit pas être faite n’importe comment. Il s’agit d’abord d’écouter et non de lire. Combien de fois ai-je commencé l’oraison en lisant le texte rapidement, pour en extraire une attitude éthique et vite refermer le livre ! Avais-je rencontré le Seigneur ?  Non.  J’avais seulement trouvé une attitude à vivre.

Ecouter, c’est ceci : laisser le texte parler, par ses images, ses mots, son histoire, les paroles du Seigneur, les réparties des disciples. Le laisser résonner verset par verset dans l’intériorité. Si c’est un récit, Ignace propose trois étapes : d’abord, se redire intérieurement l’histoire. Ensuite, imaginer le lieu (le composer intérieurement) et se mettre dans la scène pour écouter et en tirer profit. Il s’agit d’être très concret pour laisser toutes les facultés (intelligence, imagination, sensibilité, désir) être prises dans l’histoire proposée. Tout notre être est mobilisé, en premier lieu la sensibilité: « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais c’est de sentir et goûter intérieurement » (Exercices Spirituels 2). Si le texte est plus théologique, tiré des lettres de Saint Paul par exemple, il convient alors de laisser résonner les mots, les expressions, les symboles : que nous font‑ils comprendre intérieurement du Christ ? Peu à peu, cela parle en nous.

Méditant la Parole, nous rencontrons alors la personne de Jésus Ressuscité, qui désire s’incarner et se dévoiler à celui qui s’ouvre à Lui : Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous et nous avons vu sa gloire (Jn 1, 14). L’écoute de la Parole est une aventure du cœur profond se donnant à l’Esprit Saint. Elle peut être « fruitée » mais elle peut être aussi sèche. Rien ne nous parle. Que faire alors ? Revenir à la littéralité du texte, mais sans forcer, pour qu’il nous parle. Nous reprenons simplement la méditation, en nous mettant dans l’attente de Dieu : ‘viens, Seigneur Jésus’. A la fin de la méditation, Ignace recommande de lier en bouquet les découvertes, en s’adressant soit au Christ, au Père ou à Marie.

Ce deuxième aspect de la prière (la rencontre de Jésus dans sa Parole) a pris comme nom classique celui de méditation.  Il se distingue de la contemplation, phase où le cœur profond passe de la méditation à un contact plus direct avec le Seigneur. Mais, disent les spirituels, ne soyons pas présomptueux ! La voie chrétienne vise à connaître et à s’unir au Christ Jésus. Et cela commence par la connaissance de sa Parole. Saint Jérôme le dit dans une formule saisissante, « Ignorer les Ecritures, c’est Ignorer le Christ ». C’est la Parole qui nous forme intérieurement comme disciple du Maître spirituel qu’est Jésus.

Jean Michel Moysan

Lire dans Cor Unum n°2/2018 p.24

 

mars 29, 2019

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