Troisième jour

La Nativité

  1. Prier en contemplant l’icône.

            Notre regard est d’abord attiré par le personnage central : Marie. Elle est vêtue de bleu et de rouge, signifiant son humanité transfigurée par la puissance de l’amour de Dieu (rouge). Elle est entourée d’une mandorle rouge vif qui évoque le mystère divin qui l’enveloppe, mais aussi le sang du martyre qu’elle connaîtra (« un glaive te transpercera » (Lc 2, 35) et que connaîtra son fils (« Il s’est abaissé, se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix… » (Ph 2,8) ; « par son sang, il nous a délivré » (Eph 1, 7).

            Le noir de la grotte signifie le gouffre de la mort et du Mal, vaincus par la vie (le rouge) que Marie donne à l’initiative de Dieu.

            Le blanc de l’enfant emmailloté et la lumière divine qui pénètre le cœur de la scène vienne mettre fin à l’obscurité de ce gouffre mortel.

            La Trinité est au cœur de la scène : le Père, dans les nuages du ciel, et l’Esprit, sous la forme d’une colombe, sont à l’œuvre avec l’enfant couché dans la mangeoire et dont l’emmaillottement préfigure déjà sa mise au tombeau que rappelle également l’obscurité de la grotte.

            Tous les autres personnages s’affairent autour des personnages centraux. Dans le coin supérieur gauche, les mages sont en route pour venir accueillir le salut accordé aux savants et aux païens.

            Les mages, dont les vêtements de couleurs diverses, symbolisent l’humanité bigarrée et sont captivés par l’étoile (au centre) qui les mène vers l’enfant. À cheval, ils sont des guerriers en attente du Prince de la paix.

            Les humbles bergers, vêtus aux couleurs qui évoquent la terre, viennent d’être avertis par un ange (en haut à droite) et ils scrutent le ciel et les anges qui les guident. Ils sont accompagnés par des moutons et des chiens. Les bergers évoquent également la figure de David, le roi–berger de son peuple, mais qui fut rejeté par ses frères en tant que cadet de famille (…) comme Jésus sera rejeté par les siens (Jn 1).

            Les anges se réjouissent de toutes parts de l’heureux événement que l’un d’entre eux signale aux bergers.

            En bas, à gauche, Joseph semble étranger à l’événement mystérieux qui s’est produit et auquel il est étranger. Il s’interroge sur ce qu’il convient de faire. Il ne semble pas à l’abri de la tentation, symbolisée par l’étrange personnage, animal à face humaine : Satan (…).

            En bas, à droite, la Samaritaine puise de l’eau dans l’attente de la révélation de l’eau vive (Jn 4) et l’autre femme tenant un enfant auréolé est Élisabeth dont le fils est l’annonciateur du Sauveur. Nous pouvons voir dans le puits en forme de fonts baptismaux le signe de la vie qui est donnée à tous par le Sauveur qui vient de naître.

            L’âne préfigure la royauté de l’enfant (entrée solennelle à Jérusalem aux Rameaux) tandis que le bœuf évoque le sacerdoce juif qui sacrifiait des bœufs dans le Ttemple ; Jésus sera le seul et unique Grand–prêtre (Lettre aux Hébreux).

            Les deux animaux, proches de l’enfant, rappellent qu’ils ont reconnu leur maître, à la différence des juifs qui le rejetteront (…).

            Un peu partout, on remarque des arbres et des plantes évoquant une nouvelle création et l’accueil réservé à Jésus lors de son entrée solennelle à Jérusalem quand il est reconnu  comme Messie et roi de paix (Rameaux).

            Nous pouvons nous attarder à la mangeoire, assez grande par rapport aux autres éléments de l’icône. Saint Luc la mentionne trois fois (Lc 2, 7. 12. 16.) : L’enfant y est placé couché (v. 7) comme Jésus adulte et mort sera placé dans le tombeau par Joseph d’Arimathie (Lc 23,53) et comme il le sera avant cela sur la croix (Lc 23,33). La mangeoire dans laquelle Jésus est placé rappelle qu’il est déjà rejeté (de l’hôtellerie) à sa naissance.

  • Pour poursuivre la prière. Lc 2,1-21)

            D’une manière un peu différente de celle de Luc dans son évangile, l’icône nous présente la nativité dans un cadre universel. Ce ne sont pas les personnages politiques qui sont mis en scène, mais les étrangers savants (mages), les pauvres rejetés (bergers), les personnes actives (comme la Samaritaine, et ceux qui s’interrogent comme Joseph).

            Le texte de Luc souligne dans les versets 1–7, l’universalisme de l’événement, la réalisation de la promesse (au berceau de la famille de David, à Bethléem), le contraste entre les puissants qui rejettent l’enfant (qui ne trouvent place à l’auberge) et les pauvres qui l’accueillent (bergers).

            Les anges louent Dieu pour ce qu’il réalise comme ils l’a fait dans l’Ancien Testament (1R 22,19 et Dn 7, 10), alors que cela n’intéresse pas les grands de la terre ; quant à l’ange qui annonce la Bonne Nouvelle aux bergers, il s’agit de Gabriel qui a annoncé la Bonne Nouvelle à Marie et à Élisabeth.

            La paix apportée par le prince de la paix (Jésus) contraste avec la pax Romana (paix que prétendait instaurer l’empereur romain par la puissance des armes). Elle est donnée « aux hommes de bonne volonté ».

            Soyons attentifs aux contrastes :

  • entre l’horizon ouvert à l’universel et l’insignifiance de l’événement ;
  • entre les puissants de ce monde et le nouveau-né pauvre (accueilli par les bergers et rejeté de l’auberge)
  • entre l’atmosphère de joie et de louange en opposition avec la pauvreté et l’enfouissement (v. 10. 14. 28). Voir aussi Actes des apôtres 16, 24–25.

            Méditons sur le silence de Marie (v. 19) : elle « retenait » « toutes ces paroles », elle « méditait »

            Nous pouvons prier en nous laissant prendre part l’atmosphère contrastée de la scène.

            Nous pouvons actualiser ces contrastes aujourd’hui, et en parler au Seigneur.

            Demander à Marie de nous apprendre « à retenir toutes ces paroles est allé méditer dans notre  cœur » afin de mettre de l’ordre dans notre vie au cours de cette retraite.

  • Méditation avec P. de Clorivière

            Être mère de Dieu et mère de Jésus-Christ, ce n’est dans le fond qu’une même chose. […] Le premier de ces titres met dans tout son jour la haute dignité à laquelle la Sainte Vierge fut exaltée. Le second nous rappelle les avantages inestimables et sans nombre que son exaltation nous a procuré.

            En effet le nom de mère de Jésus-Christ remet en quelque manière devant nos yeux les faveurs les plus insignes dont nous sommes redevables à Marie. Il nous fait ressouvenir que ses prières bien plus puissantes et plus efficaces que celles des anciens patriarches, ont accéléré le grand ouvrage de l’incarnation du Fils de Dieu ; que ces incomparables vertus l’ont rendue un digne instrument de cet ineffable mystère ; qu’elle y a coopéré avec Dieu même, autant qu’il était possible à une pure créature de le faire en y donnant librement son consentement et fournissant en ce moment même le très pur sang dont fut formé le corps adorable du Verbe incarné ; que, dans le mystère de la nativité du Sauveur, elle le mit au monde tout resplendissant de lumière et que cet enfantement tout divin, loin de préjudicier à son intégrité virginale, ne servit qu’à lui donner un nouveau degré de splendeur ; qu’enfin, c’est d’elle que nous avons reçu celui que les prophètes avaient annoncé pendant tant de siècles et que toutes les nations attendaient comme leur libérateur, leur roi.

            Ce fut en elle que s’opérera la grande merveille du Verbe incarné. Ce fut en elle que le Fils de Dieu, égalant tout à son Père, s’anéantit en quelque sorte et s’abaissa jusqu’à prendre la forme d’esclave. Il s’humilia jusqu’au centre de notre néant pour nous élever jusqu’à son être divin. Du moment même de sa conception, le privilège singulier et les faveurs sans nombres qui lui furent alors accordés faisaient déjà connaître qu’elle était la personne choisie pour coopérer à ce grand ouvrage. Mais comme l’anéantissement de l’homme–Dieu fut notre exaltation, Marie contribua pareillement à l’une et à l’autre, et sa conception y fut une disposition préalable ainsi qu’à tous les biens qui se sont en conséquence répandue depuis surtout les hommes. […]

            Marie appelle l’Homme–Dieu son Sauveur, mais n’ayant jamais été souillée de la tâche du péché, ce ne pouvait être dans le même sens que les autres hommes. Ce devait donc être parce qu’en vertu des faveurs dont il l’avait prévenu et du choix qu’il avait fait d’elle pour êtreit être sa Mère, elle avait été préservée de toute souillure.

            Jésus est son Sauveur parce que c’est d’elle dont il s’est formé parce qu’elle le possède dans son cœur, parce que c’est elle qui doit le donner au monde.

            Marie doit tout à l’humanité sainte de Jésus. Elle a tout reçu pour elle, à cause d’elle et par elle. Elle lui doit sa maternité divine, son exemption parfaite de la souillure originelle, et de l’ombre même de tout péché actuel et de la moindre faute, sa dignité de reine de tout ce qui n’est pas Dieu, la prééminence singulière, incompréhensible qui l’élève si fort au-dessus des saints, temps de la nature humaine que de la nature angélique.

            Si les douze étoiles qui représentent l’assemblage des saints sont la couronne de Marie, parce que leur gloire est un écoulement, une portion de la sienne et rejaillit sur elle, l’humanité sainte, tout imprégnée de la divinité, Jésus-Christ, set le divin Soleil qui l’environne de tous ses rayons, qui l’investit de toutes parts, qui l’embrase de tous ses feux, qui l’ éclaire de toutes ses lumières, qui verse en elle tous ces trésors, qui la vivifie et, dans elle et par elle, communique la vie et tous les biens à son Eglise.

            C’est par Marie que Jésus-Christ est venu à nous. C’est aussi par elle que nous pouvons nous approcher avec plus d’assurance de Jésus. Tout en elle nous attire puissamment à lui, elle nous le rend favorable, elle couvre nos défauts, elle nous obtient les grâces, les lumières dont nous avons besoin. Malheur à ceux qui négligent ce moyen ! Plus malheureux ceux qui le méprisent !

            Quand on s’éloigne de Marie, on s’éloigne également de Jésus-Christ, de son humanité sainte, de son Eglise ; on perd tous les biens, on perd la vie surnaturelle, on devient le membre de Satan, il nous entraîne dans sa révolte, on est avec lui précipité du ciel au fond des enfers pour y brûler éternellement au milieu des feux dévorants.

            En lui donnant le titre glorieux de mère du Sauveur, nous déclarons autrement et dans les termes les plus clairs, que c’est d’elle que le Verbe divin a voulu recevoir son humanité sainte dans laquelle il a payé pleinement à la justice divine le prix de notre rédemption, qu’une partie de sa chair ayant été divinisée en Jésus, a été livré pour la vie du monde, et que c’est de ses veines qu’a coulé le sang qui purifie les âmes et qui les lave de leurs iniquités.

            Ce titre nous rappelle aussi ce glaive de douleurs dont le cœur de Marie eut à souffrir comme mère et coopératrice du Sauveur, et dont toute sa vie ne fut qu’un tissu continuel […].

            Nous voyons par là combien la sainte Vierge nous a aimés. Nous en faudrait-il d’autres preuves que le prix inestimable qu’elle a donné pour pouvoir être appelée mère de Dieu Sauveur ?

            Ces considérations sur la mère de Jésus-Christ sont bien propres à nous convaincre que Marie est, après son Fils, la cause de notre bonheur. Pourrions-nous y penser sans ouvrir en même temps nos cœurs aux plus tendres sentiments de reconnaissance ?

            Avec quels sentiments de reconnaissance et d’amour devons- nous prononcer un nom si doux : « mère du Sauveur » ! Si nous ne sommes pas tout à fait insensibles, si nos cœurs sont encore capables de quelque retour généreux, prenons la plus ferme résolution de faire quelque chose pour une bienfaitrice si libérale, pour une mère qui, pour nos intérêts et par amour pour nous, a prodigué jusqu’à la vie de son Fils et d’un tel Fils !

                                                                                      Voilà votre Mère. Extraits des œuvres du P.Pierre de Clorivière pp 39–42

  • Nos références.

L.V. : 11–14: Quelle est mon amour du monde ? Quelles sont mes solidarités ? Comment est-ce   

                        que je partage la vie des hommes ? Quelle proximité ai-je avec eux ?

                      Comment est-ce que je vis le rapport entre la croyance et ma foi ?

                       Est-ce que j’approfondis les courants qui traversent le monde ?

PC J 13 : un monde à aimer et à sauver

         20 : pleinement entré dans L’Humanité

         21 : marqués par nos origines

        65 : Jésus a connu les liens du sang. Il a vécu dans le célibat

        75 : Jésus a préféré les pauvres

ISF 18 : Jésus inséré dans un village, un pays

       19 : marquées par nos origines

       33 : Jésus accueilli par les pauvres

       75 : Jésus a vécu le célibat

SVE 14 : Jésus à assumer tout ce qui est nôtre

         17 : notre vocation est un choix

         37 : Jésus a manifesté un amour universel

         42–43 : Jésus s’est fait pauvre ; la rencontre dans le pauvre

  • Pour un partage avec l’accompagnateur, avec d’autres. Pour une relecture personnelle de ma vie.
  • Comment je vis ma présence dans le monde ? Je subis ? J’y vois un appel à grandir personnellement ?à faire grandir les autres ? Est-ce que j’aime le monde ? Suis-je à son écoute ? (Cf Livre de vie n° 13)
  • Quelle est la place des pauvres dans ma vie ?
  • Comment je vis le rapport entre ma foi et l’incroyance ambiante ?
  • Est-ce que je cherche à mieux connaître les courants qui traversent le monde ?

Le texte peut être téléchargé ici

mai 17, 2020

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